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"DISSERTATIONS FN. MEDEC INE

> #Confeillers, Médecin, D ermememne

Lao L. D Aa

Contenant une DiIssERTATION SUR LA PIERRE desReins & dela Veffie, avec une méthode fimple & facile pour, la difloudre fans endommager les or- ganes de l'urine.

Avec la Réponfe à certains traits de critique,

contre la Differtation fur les Maux Vene- riens , qui fe trouvent dans le Livre de Monfieur Aftruc, De Morbis V enereis.

_ Par PIERRE DESAULT, Doéteur en Mé- +: decine, Aggregé au C ollége des Médecins de la Ville de Bordeaux. |

& A PARIS, Ab

Chez JacqQuE Gurerin, Libraire &— Imprimeur, Quay des Auguftins.

1 M'DCC XXXVE

… Avec Approbations & Privilege du Roy.

dé À L'OREE RE AIN ESSR oh: € à & : ASS LT: 4 4 : ». : = à

Confitebor tibi Pater ; Domine Cæœlii & Terræ quod abfcondifti hæc à fapienti-. bus & prudentibus & revelafti ea parvulis. Etiam Pater quoniam fic placuit ante te., En Saint Luc chap. 10. verf. 21.

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| HISTORIOAL |) MEDICAL

À 7 ; x 114 ÿ

TT à

Je Fr de. Mefia eurs Col-de- F. ii _ @le Hoc, Doiteurs Régens dela Fa- ‘ culré de Médecine en l'Univerfité de Paris, Confeillers, Médecins or- dinaires dn Roy en fon Châtelet, © Médecins del Hôtel- Dieu de Paris.

Ous avons Îü avec plaifi r cette Differtation de Mr. Default, Médecin, fur la maniere de difloudre la Pierre dans les reins & dansla veflie. Ceux qui font attaquez de cette mala- _ die trouveront beaucoup de confola- _ tion & d’efperance de guérifon dans la . le@ure de ce Livre : Nous fouhaitons pour leur foulagement que l’experien- _ ce confirme le folide raifonnement de PAuteur. Son reméde a l'avantage fur tous ceux qui ont été propofez juf- qu ici, qu'il eft fimple, naturel, &

_ qu'on ne court aucun rifque d’en ire

ufage. À Paris ce quatre Septembre 1736. COL-DE-VILARS , LE HOC,

Après avoir là la Differtation de M". Default fur la maniere de diffou- dre la Pierre, &c, & vüû le raport de :

; a æ À \ “, A "6 à È

Model Colde-Vilars & le Hoc à

nommés par la Faculté pour examiner

cet

qu'il foit imprimé.

ouvrage , je confens pour elle

RENEAUME,, Doyen.

FAUTES À CORRIGER.

Age XVI. lig, 28. Cirœfi, Efés, Crœfi, Pag. 62. bg. 8.inprimis , Zfés ; imprimis.

Pazg. Pag. Pag. Pag. Pag. Pag. Pag. Pzg. Pag:.

66. lig. 28. glunitofi , äfés, glutinofi.

164. big. 3. d'Opium , /ifés ; d'Apium,

217. ig.o.lé, lifés, les.

221. ligits €; lifés le.

233. lig. 14. penetré , lfés, peut-être.

238. Lg. 12. oCtions , Lifés ; onctions.

264. lig. 26. quæftionem , lfés, quæftiones, 265. lig. 17. feu, ifés ; ceu.

293. lig. 6. meditatione , /fés ; meditationi.

de SE SR SES SE Le are PRE DE SEE EE RE EL D SP SR SO PR GE GRR

A MONSEIGNEUR LE BRETHON, Confeiller du Roy en fes

Confeils, Premier Pré- fident au Parlement de _ Bordeaux, Seigneur d'E- guille , de Virelade, Podenfac, &c. &c. &c.

MONSEIGNEUR,

Voici la Differtation que VOUS M avez permis de vous

dédier 3 {a fingularité &° la &

Ne EPL TN D

hardiefle de fon vitre, deman- .

doient un Protétieur tel que vous. Votre penétration vous

_ a toûjours mis aw deffus des

préjugés vulgaires : elle s'étend

jufques fur les ouvrages de

Médecine ; je l'ai admirée lor[- que j'ai exercé ma profeflion _ fous vos yeux © fur des mala- des qui vous touchoïent de prés;

Votre valte érudition jointe

a cette droiture qui ne s’efe

jamais démentie ; VOUS ont at- tiré Péloge du Chef même de la Juflice , &° vous ont merité la préference que le Roy vous a donné fur tant de dignes Concurrens. |

Vous avés pi comprendre

par les acclamations publiques

|

: FILTRE : © par des Députations (a) fingulieres @ nouvelles , que fc noire glorieux Monarque nous eût remis le choix d'un Premier Préfident , tous les fuf- frages fe ferosent réunis en vo- tre faveur. : 4 Nous devons encore ce bon- heur aux [aintes Prieres © aux bonnes œuvres de Mada- me la Préfidente votre mere , _à celles de voire digne époufé © de toute vürre famille. _ Nous vous avons vi, MONSEIGNEUR,

monter par degrés a la dignité

(a) Le Chapitre de Saint Crepañ d’A- gen , fonde depuis 1400. ans , a envoyé pout la premiere fois une députation pour com- PAR Monfeigneur le Premier Préf-

ent.

a 1]

WP TPE | où vous êtes élevé ; femblable a ces Genceraux dont la France refheëlera todjours la mémoire , qui du premier grade font par- venus à la tète des armées du “Roy; dans tous vous y aués brillé ; dans les Ecoles grand Phalofophe ; au Barreau Avo- cat éloquent ; plaidant prefque toutes les caufes avec fucces ; Conféiller au Parlement avec des lumicres étenduës ; Préfr- dent à Mortier très-integre, ©” codjours animé des grands [en- imens du véritable Chrifira- nifme. Au polle éminent où vous êtes aujourd'huy ncxs nous attendions à de grandes chofes , vous nous avez pourtant furpris par celles qui ont commencé

ÉPITRE .v votre glorieufe carriere. Les ar rangemens que VOUS aués mis dans votre ilhufire Compagnie ; aux dépens même dune des plus flateufes pré- rogatrves de ‘votre dignité » feront admirez ; s'ils ne font pas imitez des autres Magi- ffrats du Royaume.

Le Pauvre comme le Riche, le Roturier comme le Noble, le Pe- tit comme le Grand [eront écou- tez a leurtour, ©° nous n'au- rons plus befoin de ménager de _ longue main des brigues (T° des

foilicitations pour avoir des Au- diences. Le Seigneur tranquile dans fes terres fera regner la paix © la juflice parms 14 vajaux;

à 11}

tj EPTTRIE, le Marchand travaillera à [or commerce [ans crainte de fur- prife ; le Laboureur fans in- quietude conduira fa charuë , affeuré que font les uns © les autres d'être avertis du moment précis du Jugement de leur pro- ces. Que de dépenes épargnées ! Que de tems autrefois mule Cr perdu [era mis à profit !

Fafle le Crel qu'après une longue fuite d'années nos ne- veux puiffent voir Monfieur le Préfident le Brethon votre fils fuccefleur de votre dignité, comme 1l ef limitateur de vos VErIUS.

Ce [ont mes vœux ardens € finceres, je les dois a la bonté dons dl m'honcre dès [on enfance ; à

POP TL RO, wi celle dont Monfieur le Pré- fident Baratet votre beau-pere ma todjours comblé : Vous

favés, MONSEIGNEUR ;,

que depuis plus de trente ans il atodjours été mon Protetieur C7 mon foitien, tant dans ma mauvaile que dans ma bonne fortune : © LR un ami frncere qui fçait, qui veut ; € qui peut rendre fervice » CT dont le plail: r fingulier eft d'en pou- voir faire aux malheureux. Recevez je vous prie ; MONSEIGNEUR, ce petit ouvrage comme une marque de la part que je prends a la joye publique, © comme une foible preuve du a.iiij

vi EP ERSELRES profond refpeit © de lavene- ration infinie avec lefquels j'ai Phonneur d'être ;

MONSEIGNEUR,

Votretrès-humble &très+ obéiflant Serviteur. DEsAULT.

A Bordeanx ce x. Fevrier 17306

| > 1x 4 AE AH AU AB «AB Re ee EN NUS UN USA EN

HR ER A CE

'ONDRE les calculs hu- mains dans lesreins & dans la veffe , fans porter aucune fi- cheufe atteinte à ces nobles vif- céres, rendre les pierres fluides, en forte que la matiere dont elles font compofées forte avec aifance par le canal de l'urine, pele mele avec elle , épargner aux malheureux qui en font at- teints, a douleur de l’operation, laffreux coup d’oœil de fon apa- reil, & les rifques du fuccès dont les mauvais vont de pair avec les bons , s'ils ne les iur- paflent pas , c’eft le fujet de cette - Differtation. Une propofition pareille re- _ voltera fans doute bien de Li- thotomiftes ; qui par une aft-

x P RE RANCE:

duité conftante & par un exer.. cice Journalier font parvenus à: fe perfe@ioner dans la pratique: de cette operation délicate, qui: fait aujourd'huy pour plufieurs: la meilleure partie de leur pa-. trimoine. Bien des gens diront peut-être. Quelle aparence que lon trouve aujourd'uy un remé- de de cette importance que lon a cherché depuis fi long-tems fans fuccés ? Ce langage ne reffem- ble-t-1l pas à celui de ces Char- Jatans , qui ont impofé quelque- fois au public crédule , & fur tout aux malades fi faciles à fe perfuader ce qu'ils défirenr avec ardeur ? Enfin plufieurs avares & intereflez penferont qu'un Mé- decin qui auroit trouvé ce {4)

(a) On tenoïit ces mêmes difcours lorf- que j'annonçai ma diflertation fur la Goutte, avec la méthode pour la guérir radicalement: mais l’aprobation dont la Faculté de Méde- cine de Paris l’a honorée , cette Protetrice: des. bons ouvrages & de la vie & de la fanté

D OPREFACE %

fecret l’auroit refervé pour foi:

. fecret mille fois préferable à

t

î

Celui de fçavoir faire lor ou

l'argent : fecret qui interefle tou- tes les nations : fecret quil lui eûtété facile de mettre à contri- bution : fecret infaillible pour Penrichir, faire fa fortune en peu

detems , aufli bien que celle de fa famille & de fes parens :

fecret enfin qu'il auroit püne laif-

fer qu’à fa mort.

Je réponds 10. Que les Li-

thotomiftes ne doiventriencrain-

dre ; leur interêr eft afluré, Keur miniftere fera toûjours neceffaire pour la fonde dont nous avons

_ befoin; & fi leurs profits font . moindres . il en feront avanta-

geufement dédommagez par l'a-

bri où cette nouvelle méthode

mettra leur réputation.

du genre humain, a fait un peu changer de langage, & le fuccès a répondu à nos. efperances,

xy PREFACE.

A la verité cettetaxearbitraire: qu'ils impofoient pour leur ope-: ration, fuivant l’état de la fortune: du malade qu'ils avoient à tailler, fera fupprimée, celle de la fonde un peu moderée, puifque tous les Chirurgiens fondent & doi- vent fçavoir fonder. J’ai même vû des valets de chambre qui fondoient avec dexterité leurs: maitres, des femmes leurs maris, des malades qui fe fondoient eux- mêmes; ainfi ce talent étant de- venu commun, 1l faudra un peu rabattre du prix excelflif qu'on y avoit fixé, & ce ne fera pas un grand malheur pour le genre humain.

2°. Je prie les Médecins & les gens habiles, mais incrédu- les fur la nouveauté de ma pro- pofition , de fufpendre leur ju- gement jufqu’après la leêture de cette diflertation, & de daigner la lire fans prévention.

PRÉFACE: x

On ne peut difconvenir que

ce qui a échapé aux recherches

& aux lumieres de nos ancêtres,

_peut être découvert aujourd'hui. Qui eût dit il y a un fiécle que

le fang circuloi , qu'il étoit pouffé du cœur aux extrémités ;

& quil revenoit à mefure des

extrémités au cœur ; auroit pafié fans doute pour un vifionnaire.

Harvée lui-même ne fut-1l pas

cenfuré malgré fes experiences, fes démonftrations ? Combien

de théfes, combien de differta-

tions contre {a doëtrine ? J'ai

même vû un vieux Médecin qui

me foûtenoit n'avoir jamais crû ni compris la circulation du fang.

Qui eût parlé du canal thora- chique, qui portele chile dans la foûclaviere, eüt-il été écouté?

cependant la verité fe fait jour ;

toutes les Univerfitez du monde

ne difputent plus fur ces faits ,

pas même celles d'Efpagne. Ne

xiv. PRÉFACE peut-il pas arriver aufli qu a-- orès la-lecture de ma difiertatiom & un ferieux examen de la force: de mes preuves & de mes ex-- periences , on demeurera pet-- fuadé & convaincu du fait que: javance, & que le fuccès en eftt du moins poflible & probable ,, pour ne pas dire immanquable.. 3°. Je dis que les raifons d’in-. terêt ne doivent point être écou. tées pour détruire le fyftéme que: javance. Quelle injure ne fait-. on pas à l'humanité de croire: que linterèt eft le mobile de: toutes les ations des hommes ? Combien en voyons-nous qui très-opulens fe foûmettent à une pauvreté volontaire ? Qui quit- tent tous leurs biens , leurs hon- neurs & leurs dignités pour en- trer en Religion : d’autres quipar une bonne donation entre vifs tranfportent leurs biens , leurs bénéfices, à des parens, fouvent

| PIRE A CE. x même à des (2) inconnus, & ne fe réfervent fimplement que la nourriture & les vêtemens : d’autres enfin qui dans fa- bondance chez eux , quittant leurs terres , leurs domaines , leurs femmes & leurs enfans vont par un principe d'honneur & d'attachement pour leur Prin- _ ce & leur Patrie, dépenfer leur bien , & expofer volontairement _ leur vie dans des fiéges & dans - des batailles. Ce n’eft donc point Pinterèt qui fait mouvoir tous les hommes , & cette régle gene- rale fouffre des exceptions.

4, Le défir univerfel de faire fa fortune ( qui eft la fin princi- . pale que la plüpart des hommes fe propofent } eft fouvent dan-

(a ) Je veux dire par ceterme ( inconnus ) des gens dont on ne connoïifloit pas bien le caractere. J'en ai vù qui fe font contrefaits jufqu’au jour de Pinfinuation, qui enfuite Ont levé le mafque , & ont témoigné une ingratitude affreufe pourleurs Bienfaiteurs.

x PR ER A: CPE

gereux dans un Médecin. Hip-. pocrate nous recommande le: mépris de Pargent , debet efle in: Medico pecunie contemptus. I nous en a donné lexemple lui- même par le refus qu’il fit de l'or qu'Artaxerxés lui fit offrir à dif- cretion par fon Ambafñfadeur.

Ce défir des richefles doit avoir fes bornes & fes limites, fuivant la fentence de Mon- fieur de la Bruiere. » Celui-là, » dit-il , eft riche, dont la re- » cette excéde la dépenfe ; ce- » lui-là eft pauvre dont la dépen- » fe excéde la recette. »

Sur ce principe un Médecin qui na jamais eu ni femme ni enfans , avancé déjà dans fa car- riere , qui par le patrimoine laiffé par fes pere & mere, fe trouve autant de pain qu'il lui refte de vie, qui, par la grace de Dieu, n'a ni procès ni dépenfes fuper- fluës , qui joint à fon patrimoine

ü un

FRE ACT vu - un exercice aflidu & journalier de fa profeilion , doit fe flatter d’être au deflus des revers ordi- naires de la fortune , & doit pré- ferer l'honneur de fe rendreutile au public & au genre humain, en lui communiquant le fruit de fes labeurs » à la fatisfattion ri- dicule d’enrichir une famille col- laterale, fouvent (4) ingrate , qui attend avec impatience l'heure & le moment de vifiter les cof- fres du bienfaeur , même le jour des funerailles.

Sydenham (4) difoit qu'il pré-

(a) J'ai connu, vü & entendu desheritiers collateraux, qui au retour de la pompe fune- bre , pour laquelle à la verité ils n’avoientriem _ épargné, faifcient des contes très-facetieux

fur les léfines , les induftries, pour ne pas: dire les ufures & les épargnes du défunt: pour proflir l’hérédité, qu'ils exploitoient de: très-bonne grace.

(b}). Semper enim exiffimaui , neque id fine ratione ,mujoris effe felicitatis certam vel leviffimi alicujus morbi debcllandi methodunr

æpris mortalibus prodidifle , quam vel Tantalë €quod aiunt ) vel Ciræf thef[auros accumulalfe..

[] xvijy PREFACE. feroit la fatisfa@tion d’avoir don- né une recette pour guérir le moindre petit mal,à celle d’'a- voir amaflé tous les tréfors de Tantale ou de Crœfus, & ik prouve la folidité de fa penfée par un pañlage de Ciceron. En effet celui qui travaille pour le

ublic , rend le genre humain lheritier de fes travaux ; il eft affuré que fon bien fe traduira comme par une fubftitution gra- duelle , perpetuelle, fans bornes

Feliciorem hunc illum dixi,dicam © meliorem: fapientioremque , quam, cum Je à communi ge- neris humani natura decifum animadvertat , ea que molitur omnia ad publicam magis om- nium urilitatem, quam ad fuam ipfius, qui. tam exilis totius particula © contempra res ef} jugiter referre ? Ut enim loquor cum ma-. ximo illo dicendi fentiendique Cicerone meo , ui fæculi, ne dicam univerfæe hominum naturæ genio ) leges omnium falutem fingulorum fa- luti anteponunt, fi vir bonus & fapiens, & le- gibus parens & civilis oficii nonignarus uti- litati hominum, plufquam unius alicujus aut fuæ confulit. Cicero de fin. bon. aut mal.

Sydenham epiflola prima refponforia ad Ro- bertum. Bradi..

2) De 2x

Fe

PORPRPE AC PF. 4x & de fiécle en fiécle , & ceux qui font exempts de (4) mariage & des embarras d'une famille,

peuvent ytravailler avec plusde

loifir.

(a }Il étoit autrefois deffendu en France aux Médecins de fe marier, tout ainf qu'il Péroit aux Soldats Romains. Cette loi très- raifonnable que plufeurs Médecins de Paris ont fuivie , defquels je me fais gloire d’avoir été difciple, étoit d'un très-grand avantage, puifque la médecine requiert l'homme tout

- entier ; l'éducation & l’établiflement de en-

fans ne partageoient pointies idées d’un Mé- decin , il étoit tout àfes malades, & rien n’é- toit capable de le diftraire des foins impor- tans aufquels fon état l'engageoit..

Le Cardinal d'Eftoutevilie porta la Bulle:

en France en 1452. qui permettoit aux Mé-

decins de fe marier. Le fieur dela Riviere (s’il en fautcroire l’'Almanach }) fut le premier qui exploita la Bulle,& vray-femblablement il fut

- aufile premier qui s’en repentit. Cet exemple . fat fuivi, & l’on vitchez plufeurs Médecins

- les foins de leur famille partager ceux de leur

profeflion.

Je fçai qu'on nobjetera qu’Hippocrate s’elt bien marié, puifqu’il avoit deux fils , Theflale & Dracon , & une fille mariée avec Pokibius, mais je foûtiens que ce n'eft pas

ce qu Hippocrate a fait de mieux : il y a lieu de croire qu'il étoitun peu entiché de jalou-

fie;maladie capable de donner bien dela peine

bij

3x. RERE FA CE Quant à la propofition de pro

fiter pendant ma vie d'une mé-

‘thode , d’un fecret aufli néceffaire:

d’efprit. Lifez. la lettre qu’il écrivit à Denis: avant de partir pour aller guérir Democrite.…. >» Venez au plus vite mon cher Denis, vous: » refterez jufqu’à mon retour chez moi, vous: » habiterez ma maifon qui eft très-commode, >» & quoique ma femme à caufe de mon départ : » demeure chez fes parens, vous prendrez. » garde à fa conduite. Faites la vivre chaîte-: » ment, qu’elle ne prenne pas d’autres maris : > à l’abfence du fien: elle a été modefte dès: > le commencement, elle eft née de parens: » d'honneur & de bien , fur tout fon pere > qu’on peut appeller homme & homme de: » bien & vieillard refpeétable : cependant une: # femme a toüjoursbefoin de quelqu'un qui >» Ja contraignedans les bornes de la modefie, >» car elle melon portée à l’intem- æ perance, paflion qui a befoin d’être refre- » née chaque jour , fans quoi, &c. Et je crois: » qu'un ami eft plus propre à garder une fem-. » me que fes parens; qui à caufe de leuratta- + chement & de leur tendreffe n’ofent faire » des remontrances avec la même liberté > qu'un ami. » | ÜUn Médecin aujourd’huy qui avant fon dé- part pour quelque long voyage, prendroit les mêmes précautions que prit Hippacrate , ne feroit-il pas hué du fexe comme un loup ga- roux ? ilfé mettroita dos toutes les fémmes, qui pour l'ordinaire décident en bien ou em anal de la réputation d’un Médecin.

. PREFACE. xxj à l'homme que celui que j'ai, & de ne le reveler qu'à la mort ,ne feroit-ce pas imiter certains ava- rés , qui ne donnent rien pen-

On pourroit prefque foupçonner que [a peine d’elprit qu'avoit Hippocrate de quitter {à femme , avoit quelque part à la déclaration qu'il fità Crateve dans fa lettre que lesAbderi- _tains ne l’eufent point tenté de faite ce voya-

ge quand même ils lui euflent offert dix ta-: lens. Sed nec Abderitæe nec decem talenris il- deétaffenr , &c. A Dieu ne plaife que je prétende cenfurer les médecins qui fe marient ; il en eft une in- _ finité d’un génie vafte & étendu , qui peuvent . fans peineetre-attentifs évalement à leur pro- _fefion & ieurfamille , il en revient même un grand avantage à la médecine, puifque leurs enfans quand ils embraffent la profeffion,vont plus loin que les autres, & fe diftinguent pour lordinaire d’une maniere marquée & brillan- te, comme nous le voyons denos jours. Sem- blables à ces foldats qui nez à la fuite des Régi- mens , au fon du tambour, elevez fous des tentes , {e trouvent les plus braves & les meil- leurs; ain les fils des Médecins qui entendent: toûjours parler d’une profeffion à laquelle ils font élevez dès l'enfance, dont les peres fe- . font un plailir de les inftruire fans cefle , doi- vent être reputés des dignes fujets ; auffivoit- on dans tous les Colléges les fils de maitre: traitez à leur réception avec une douceur qué fuppofe un mérite non-équivoque.

Po) M PUR EPP CFE

dant leur vie, & qui renvoyent: toutes leurs liberalitez alcurtefta- ment,

D'ailleurs je compareun ou- vrage pofthume à ces enfans or-. phelins , qui ont perdu leur pere’ avant de le connoitre , & qui ne font jamais protesez & deffendus comimne ils l’euffent été, s'ils ae votent pücroitre fous les veux & la prote&ion de leur pere.

Je finirai cette longue Préface: en priant de nouveau le leéteur d'examiner fans préjugé & fans prévention ma differtation : l’im- portance du fujet que je traite: le demande , on verra la même bonne foi & le même definteref- fement qui ont paru dans les deux premiers volumes que j'ai donné au public fur la Goutte ; la Prhyfe , la Rage & les maux Veneriens,

Un fyftéme qui prefente une maladie réputée pour incurable

| PRÉFACE. xxif fous un afpeët fufceptible de gue- rifon par des moyens fimples & faciles, & dont l'épreuve ne peut être qu'utile & jamais préjudicia- ble, mérite d’être écouté & d’é- tre bien examiné. Hippocrate . dans fon fixiéme livre des Epid. _ nous dit qu'il ne faut point don- ner fon confentement avec te-

mérité, mais aufli 1l nous or- _ donne de ne rien negliger, néhil . temerè affentiendum, Nihil quid- quam negligendum.

Bien loin que je cherche ou que Je veuille me concilier, foit lindulgence , foit laplaudiffe- ment du Lelteur ; JE prie au con- . traire les gens du métier & les ha- biles connoiffeurs de me propofer leurs doutes & leurs objections contre mon fyftéme, ou fi tant eft qu'ils en ayent bonne opi- _nion , leurs idées & leurs moyens _ pour en favorifer le fuccès.

Je les prie encore de faire ré-

xxiv PREFACE. flexion que ceft un nouveaui chemin que je trace au travers: des ronces & des épines , dont: le fuccès produira un bien capi-. tal à une infinité de malades &: beaucoup d'honneur à la Méde-. cine & au Médecin que je ferois ravi de partager avec mes con- freres.

DISSERTATION

DISSERTATION LA PIERRE DES REINS

DE LA NÉESSIE:

… Avec une methode fimple & facile pour la diffoudre fans endomma-

ger les organes de l'urine.

OUR donner quelqueor- Æidre à cet ouvrage , & fai- Elre fentir avec évidence la - ‘force & la proportion de

mon reméde pour diffoudre les Pier-

tes, {oit dans le rein, foit dans la veflie, j'ai jugé qu'il étoit à propos : de le réduire en cinq chapitres. Dans le premier , je donnerai la | | A

® DissERTATION -{truéture des reins, des uréteres & de : la vefie, je parlerai de leur ufage & jexaminerai la nature de lurine. Dans le fecond , je propoferai la définition du calcul, les caufes de fa formation , foit dans les reins, foit dans la veflie, foitmême dans d’autres cavités où l’on en a fouvent trouvé. Dans le troifiéme, les fignes qui nous marquent l’exiftence de la Pier- re dans les reins ou dans la veffie, Dans le quatriéme, le moyen pour difloudre ces Pierres , les rendre flui- des, & procurer la fortie des matiéres qui les compofoient , par la voye des urines. | Et dans le cinquiéme enfin, mes expériences , & mes réponfes aux ob jeétions qui m'ont déja été faites.

NAN EN NN PNA NAS CN NS A NI OO RO AO RO

De la ffruilure des reins, des uré- teres, © de la vefle, de leur ufage cry de la nature de l'urine.

E ne parlerai point dans ce chapi- Ÿ tre ni de la fituation naturelle de ces parties, mn de leur figure, leur divifion , leurs artéres, leurs nerfs, leurs veines, leurs tuniques, &c. Je fuppofe le Lecteur inftruit fufifam- ment de tout ce détail; & fi ma dif- fertation eft Iüé par des gens qui ne foient pas du métier, je les renvoye à l’exatte defcription qu’en a donné Monfieur Winflow dans fon Expofi- tion Anatomique, dont l'ouvrage fert aujourd’hui de régle, & fait loi parmi tous les Anatomiftes & Praticiens en Medecine. Je me contenterai de parler de la

ftruéture des reins , des uréteres, de la

vefhe , & de leurs ufages ; & fous le bon plaifir de M. de Winflow je pren- drai certains faits dans fon Expofition Anatomiquein-quarto , dont j'ai bee

Ai;

4 DissERTATION foin pour une partie des preuves fur lefquelles je bâtis mon fyftême. ;

Pag. 550. « On peut diftinguer , dit-il, trois » fortes de fubftance dans les reins 3 » une extérieure, épaiile , grenue & » comme corticale; une moyenne ou » plus interne & comme medullaire » qui eft rayonnée, & qu’on appelle 5 cannelée,fiilonnée outubuleufe,par- » ce qu’elle paroït compofée de plu- 2 fieurs tubes ou tuyaux en maniere » de rayons. La troifiéme, qui n’eft. #» que la continuation de la feconde, » fe termine en dedans par des mam- » melons, d’où je lui ai donné le nom ” de mammelonnée.

B.ssre « Les mammelons qui nefont qu’une » continuation de la fubftance medul- m lire, comme je viens de le dire, » font au nombre de dix ou douze » très diftingués les uns des autres, » comme autant de cones dont ia bafe n eft large & la pointe fort obtufe. .

« Au bout dechaque mammelon on » diflingue même fans microfcope. » dans un petit enfoncement, plufieurs >» trous ou ouvertures tres fines par où » on voit fortir des goutelettes quand # on prefle les mammelons; ce font

SUR LA PIERRE LR # des goutteletes d'urine, qui étant > filtrées en partie dans la fubftance _ » corticale, & en partie dans la fub- » ftance medullaire ou tubuleufe, pal- » fentenfuite dansles filieres des mam- + melons, & fortent par les petites ou- » vertures.

De ces faits anatomiques ainfi éta- blis , on peut fe perfuader que l'urine eft filtrée dans la fubftance corticale du rein, & tranfmife après dans la tu- buleufe qui la conduit aux mamme- lons qui n’en font qu’une continua- tion, d’où on la voit difliller dans le baflinet dont nous parlerons bientôt. De même que fuivant les Anatomi- ftes les efprits, ou cette féve fine à qui on a donné ce nom, font féparés du fang dans la fubftance corticale, d'oùils font tranfmis à la fubftance me- dullaire jufquesaux nerfs, qui n’en font que la continuation revètué des enve- lopes des membranes du cerveau.

Willis prétend, fuivant Louis de Bellinus , que le (z)rein dans fa partie convexe n’eft qu’un amas de tuyaux

(a) Tubulorum membra-Y-erfus centrum ejus de- paceorum aggeries atque bo- | laium in pelvim extillari. vus duilibus nt ut perexi-| Will. fec. 4. © 10. de guis ferum renis peripherià | Medic, oper.

À üj

6 DissERTATION membraneux , dont les tuyaux excre- toires portent la férofité filtrée de la

Circonference du rein dans le baflinet.

Mais de quelque maniere qu’on ex- phque & qu'on conçoive la ftruture:

& l'ufage du rein, perfonne ne peut

contefter que le rem ne fepare l'urine de la maffe du fang , & il ne m'en faut pas davantage pourla Pathologie que je dois établir.

« Chaque mammelon eff niché dans » une efpéce de calice ou entonnoir » membraneux. Le bord ou pavillon » de cet entonnoir s’ouvre dans une æ cavité commune qu’on appelle baf- » finet, dans lequel tous les calices » ouentonnoirs des mammelons s’ou- æ vrent féparément. Le baflinet eft » membraneux commeles calices dont » il eft la continuation. El n’eft pas + une cavité uniforme dans l’hommezs mais diftinguée en trois fonds ou » soulots communs , dont chacun » embrafle plufieurs entonnoirs ou » calices avec les mammelons qui y

ë

_æfont contenus. Quelquefois on >» trouve deux & même trois mam-

+ melons dans un même entonnoir. « Ces entonnoirs dans l’endroit où:

SUR LA PIERRE. L % ils embraflent les mammelons, jet- + tent dans la fubfltance médullaire ® ou rayonnée du rein, des produ- æ étions qui y accompagnent Îles vaiffleaux fanguins , & fervent de capfules ou gaines à toutes les ar- cades vafculaires tant artérielles que veineufes , & à leurs differentes ra- mifications , à travers la fubftance corticale jufques à la furface exter- ne du rein. ne ES « Les entonnoirs, après leur rétré- > ciflement conique autour de la æ pointe des mammelons , forment > chacun un petit tuyau court com- s me une efpece de goulot. Ces pe- rs] Le] He]

y g y y y U 4

tits tuyaux s’uniflent d’efpace en efpace le long du fond de la finuo- fité du rein, & forment par cette union trois gros.tuyaux qui fortent » de la finuofité obliquement de haut » en bas, & en fortant s’uniflent auf- >» fitôt en un feul tronc. -

« Ce tronc devient enfuite un ca- » nal très-long appellé urétere. Les » trois tuyaux dans l’homme tiennent » lieu de ce. qu’on appelle dans les » animaux baflinet, & feroient plus na- » turellement nommés les racines ow

À üüj

8

P. 552,

8. DrssERTATION # branches de l’urétere que le baffinet: æ On pourroit donner ce nom dans » l'homme autronc, comme étant plus » ample que le refte de l’urétere.

« On voit par cette expoñition que » dans le rein de l’homme il n’y à

_» point d’autre baflinet commun &

» uniforme que le tronc ou la tête de » l’urétere & les trois groffes bran- » ches. | 41

« De ces branches il y en a une » qui eft comme Ja contination dire- » éte dePurétere & qui en eft la plus » longue ; les deux autres font plus » courtes. Us

De cette ftruture anatomique on peut fe perfuader que ces entonnoirs membraneux qui embraffent les mam- melons, & qui jettent des produc- tions qui accompagnent les vaifleaux fanguins , & donnent des capfules ou gaines à toutes les arcades vafculai- res tant artérielles que veineufes , jufques même à la furface externe du rein, 1°, qu’on doit les regarder com- me des attaches fermes & multipliées que la nature a voulu donner aux uréteres , afin qu’ils ne fe feparaffent jamais du rein, puifque leur fepara-

| SUR LA PIERRE. |

tion d’avec le rein auroit infaillible- ment produit une hydropifie prompte _& mortelle. 20, Que ces produttions, qui embraffent par des capfules & des gaines les arcades tant artérielles que veineufes , par (2) leur diaftole & fy- ftole hâtent & accélérent la circula- tion du fang & la filtration de l'urine dans ce vifcére. 3°. Que ces enton- noirs membraneux qui embraffent ]a bafe des mammelons, le compriment mollement & par leur contraction, fervent à exprimer & à faire couler les goutelettes d’urine dans le baff- net du rein , de même que nous voyons les lévres de l'enfant compri- mer le mammelon de la nourrice pour en faire diftiller le lait dans fa bouche. 49. enfin, ( ce que je prie le leéteur de bien obferver ) que le baflinet du rein dans l’homme n’eft _que le tronc & la tête de l’urétere qui

.de ce mouvement, puif- qu'elles ne font que des produétions & des alonge- mens de la dure-mere & de comme

(a) Nous ferons voir dans … e Traité de l’Epilepfe , que la dure-mere a un mouve- ment de diaftole & de fyf-

“tole, qui lui eft propre & [mème ftrudture ,

naturel, qu’elle n’emprun- te pas du mouvement des artéres, que toutes les mem- branes du corps participent

des anciens l'ont reconnu, _& que par cette raifon ils lui ont donné ie nom de mere,

Que :

10 DiIssERTATION

fe trouve plus ample que lurétere:

C’eft-là où fe réuniffent les trois prin--

Winfl. p. 553.

cipales branches qui font elles-mêmes des allongemens de lurétere , dontt nous parlerons bientôt, qu’elles fontt de même ftruéture que le tronc , que: Vurétere même, puifqu’elles n’en font qu'une continuation.

» Les uréteres font compofés de: » trois tuniques propres, dont la pre-- » miére qui environne les autres, eft: » blanchôtre, d’un tiflu filamenteux ,, » très-ferré, & cependant fort facile à; » étendre, & paroît comme d’un tiflu; » cclluleux ordinaire dégénéré. La, » tunique fuivante eft un peu rougei- » tre ; plus forte & formée de diffé- » rentes couches des fibres qui fe » croifent & font très-difficiles à dif’ » cerner , fi elles font mufculeufes , ou » fimplement membraneufes.

æ La tunique la plus interne des » uréteres eft comme ligamenteufe & » tapiflée d’une membrane particulie- » re extrémement fine , qui couvre un » raifleau vafculaire de la même fi- » nefle. Elle eft legerement grenue » comme un velouté très-ras, € » mouillée par tout d'une liqueur m3

| SUR LA PIERRE. CÉY. ® cilagineufe, elle eft pliflée par des » rides longitudinales , lefquelles font » traverfées & comme interrompues > tout de fuite par quantité de petites ‘> rides tran{verfales. | «a Les uréteres , quand ils pénétrent p. 55% _» dans la veflie, font d’abord quel » que chemin entre la tunique mufcu- :» leufe & la tunique nerveufe & s’ou- » vrent dans la veflie obliquement >» & un peu plus approchés lun de >» l’autre, : Il eft hors de doute que la nature a placé cette membrane extrémement fine qui couvre un raïfleau vafcu- _Jaire de la même finefle , laquelle eft legerement grenue, pour fournir aux uréteres & à fes branches qui font de la même ftruéture, cette liqueur muci- lagineufe dont leur conduitinteme . . eff mouillé pour les défendre de Pa- crimonie de l’urine , & que cette li- queur eft beaucoup plus fine & plus déliée que celle que nous obferverons bientôt dans la veflie, La raifon de cette diverfité eft que comme l'urine ne fait que traverfer Jes uréteres fans y féjourner , il n’é- toit pas neceflaire de les munir d’une

k

12 DrssERTATION gomme aufli épaifle que celle de fai veflie, qui auroit pû embarafferle dia. metre de leur canal ; mais comme l’u-. rine doit féjourner dans la vefie, que: cette partie a été compofée exprès pour lui fervir de réfervoir , afin que nous ne fufñons pas dans la (4) ne- ceflité de rendre les urines à mefure qu’elles fe préfentent, il étoit auffi néceflaire de pourvoir à la fureté de cette partie en tapiflant les parois de fa cavité d'une limphe mucilagineu£e dont les glandes qui la fitrent font mieux marquées que celles des uréte- res, cette limphe même tombe fous la vûe gluante, blanchâtre, &c. Quelle apparence y a-t-il que la nature fi fage & fi circonfpecte à pla- cer des gommes mucilagineufes dans les boyaux pour les garantir de

(4) On peut aifément] lotes pour recevoir l’urine

comprendre de quelle im- portance eft la veflie, ce refervoir de Purine , par lincommodité qui refte à ceux qui ont été taillés, dans l’opération defquels on s'eft fervi du dilatatoi- re. Ils font dans l'impoffi- bilité de retenir leurs uri- nes, & forcés toute. leur vie de porter des bouteil- les de cuir dans leurs çu-

qui coule fans ceflè. Un coup de dilatatoire , ce malheureux outil,a déchiré : le fphin@er de la veffie , que Duret appelle Le por uier. Le Sieur Labeïnade, de Leme en Bean, garda cette incommodité vingt ans , & jufqu'à la more,

auff-bien que plufeurs au-

tres que je ne nomme point. 1Cle

SUR LA PIERRE 19

acrimonie de la bile & des autres fa- fures, & pour rendre la defcente des excrémens plus facile , dans la vefi- cule du fiel, ( comme Malpighi la oblervé ) dans luretre, dans la vef- fie, qu’elle eût oublié les uréteres, leur tronc , leurs trois produétions ou

branches , eux qui en avoient autant

de befoin ou plus que bien d’autres

parties, à raifon de leur fenfibilité & du.

pañlage continuel de lurine.

On peut même conjeëturer que la graifle , qui le plus fouvent entoure les trois branches à Jeur jonétion, (dont parle M. Winflow page $ 52.) quand elles forment la tête de luréte- re, n’a été placée dans cet endroit que pour fournir dans la partie exté- ieure de ces parties une féve douce & graïleufe qui fert à oindre ces tuyaux , à entretenir leur foupleffe en s'infinuant doucement dans les tuni- .ques dont ils font compofés.

« La veflie eft compofée de plu- + fieurs tuniques , à peu près comme

» l’eflomach. La tunique externe ou

» commune n’eft qu’une partie de la # vraye lame ou membrane du peri- » toine , KG.

Z

Winf. p: $ 56e & {uiVa

4 DissERTATION « Les tuniques propres font au: # nombre de trois ; une charnue ou! # mufculeufe , une appelléenerveufe, # & une interne qu’on nomme velou-. »tée. La tunique mufculeufe eft » compofée de plufieurs couches de » fibres charnues, dont les externes > font pour la plûüpart longitudina- > les, les fuivantes plus inclinées, les “internes de plus en plus obliques, # & enfin prefque tranfverfales. Tou- » tes ces fibres fe croifent diffirem- » ment & tiennent enfemble par un » tiflu cellulaire très-fin, parle moyen » duquel on peut artificiellement les # écarter les unes des autres en y » fouffant.

B. 557. « La tunique nerveufe, ainfi appel- » lée, eft à peu près d’une ftructure » femblable à celle de la tuniquener- » veufe de leftomach. |

« La tuniqueinterneeft legerement # grenue & comme glanduleufe dont » il fuinte continuellement re lym- » phe mucilagineufe qui enduit route La » furface inrerne , © [err à La défen- w dre contre l’acrimonie de l'urine,

On trouve au col de la vefie un mufcle appellé le fphinéter ou le por:

| SUR LA PIERRE, 1$ fier, qui tient toujours la veflie fer- mée & empêche l’écoulement invo- _ lontaire de l’urine. Ce mufcle entoure le col de la veflie en maniere d’an- neau ;1l eft produit fuivant M. Du- verney par un troufleau de fibres qui partent du fphinéter de l'anus. $ L’ufage de la veflie eft non feule- ment de fervir de réfervoir à l'urine, mais même de la pouffer au dehors, lorfque fa tunique charnue fe met en contraétion , & force la réfiftance du fphinéter : la contraction de la veffie fe trouve encore fecourue par la pref- fion des mufcles de l'abdomen. Quant à la nature des urines il eft

_ für que le fel diffous dans l’eau y do- mine beaucoup (4), & qu'il en fait prefque toute la compofition : cette falure dans les urines n’eft pas une conjetture , on s’en apperçoit par le goût & par le taét. Sa. faveur appro- _Che du fel nitreux. Generalement tous _ des Auteurs Chymiques qui ont tra- (2) Hujufimodi vrine ana- urinis gufln CO taëlu perci- &ome plane flendit > quod ele- |pitur ; Japore proxime ad [a-

menta à quibus liquor ejus |lem nitrefam accedits elici= conflatur > funt plurimum a-|tur quitem e [xlinis efcu- que © falis aliquantulum |\lentorum partioulis. élphuris, terre atque fpiri- |Wil, capite 1. de urinæ eles és tantillum ; fée in \neatIs,

r6 DissERTATION vaillé fur les urines, trouvent qu'elle abonde en fels, même de plufieurs ef- péces ; & il feroit inutile de rapporter de nouvelles preuves pour établir un fait que perfonne ne contefte.

Cela pofé, nous propofons les réflé- xions fuivantes. 1°. Qu'il y a trois évacuations folemnelles , fçavoir cel- le des felles, celle des urines & celle de la perfpiration. Que la premiere eft la moindre de toutes, puifque, fuivant Santorius , dans un homme

ui fe porte bien l’évacuation par les felles ne doit aller qu’à huit onces ou environ.

Celle des urines va jufques à qua- rante onces , mais celle de la perfpi- ration furpafle les deux autres réunies enfemble, puifqu’elle monte jufques. à cinq livres qui compofent 80 on ces. Cettetare de ces trois évacua- tions principales eft établie dans San- étorius par la balance, & on peut la kre dans ma D'iffertation fur la Gout- te , page 36. & fuivantes , dans le fe- cond Fait que j'ai propolé pour me fervir de preuve lorfque j'établis la caufe de la Goutte que j'ai accufée.

2°, La matiere de ces trois évacua-

tions

| SURILAPIERRE «17 tions ef faline , les excrémens du ven- tre abondent en fel , comme on le prouve par la Chymie ; c’eit ce qui - les rend propres à donner la fertilt- té à la terre. J’ai oui propofer à Mr. Tournefort dans une ouverture pu- blique de lAcademie Royale des Sciences à Paris, qu'il fe faifoit une efpéce de circulation des fels des excrémens , dans les plantes, & des plantes dans les animaux.

On ne peut point contefter à luri- ne la falure , puifque le goût & le tact: la démontrent aufli-bien que les ope- rations des Chimiftes qui ont travaillé fur les urines,

A l’égard de la matiere de linfenfi- ble tranfpiration , elle eff faline ; & Jemploye les preuves que j'ai rap- portées dans mon Livre de la Goutte pag. 39. troifiéme Fait où je renvoye: le Leéteur pour ne pas les répéter ici,

3°. Il y a lieu de croire que la na- ture a établi ces trois évacuations pour écumer, pour ainf dire, la partie aline des alimens , & ne retenir & ne garder que la féve douce & balzani- que qu’elle deftinoit foit à la nourritu- ge de l'homme , foit à fon accroifle-

18 DisSERTATION ment, foit à donner la foupleffe con=- venable aux parties folides.

Pour donner de lévidence à ce que je viens d’avancer , examinons en: peu de mots ce qui fe pañle à ’occa- fion de ces trois excrétions.

Après que les alimens ont été broyés dans l’eftomac, de la maniere: que nous Pavons dit dans la Differ- tationfur la Rage, pag. 275. & fui-- vantes , le chyle qui eft le produit de ce broyement, de cette tritura- tion , defcend dans les inteftins où: par la méchanique que nous avons établie , les parties les plus balzami- ques & les plus douces font introdui- tes par l’orifice des veines laëtées 6 la route du chyle pour être condui- tes dans la mafle du fang. Cependant Pentrée dans les veines laétées eft in- terdite foit aux parties terreftres &. groffieres, foit aux parties falines fixes. qui defcendent de boyau en boyau,.. jufques à ce qu’elles fortent hors du. Corps en maniere d'excrémens..

Ce chyle quoique compolé en la: plus grande partie des matieres dou- ces & balzamiques introduit. dans le:

fang, ne laifle pas que d'apporter

SUR LA PIERRE. r9 ‘avec lui une falure qu'il retient des alimens dont il a été formé : falure à la verité moins fixe , plus fine & plus déliée que celle qui s’eft féparée: ar les excréments du ventre.

La nature pour la féparer & pour rendre ce chyle plus précieux & plus propre à la nourriture de l’homme , a. établi les deux reins comme deux couloirs , deux filtres pour féparer la falure du fang fondue par la ferofité que la boiffon fournit. |

C’eft à peu près de cette maniere; que les Chimiftes ont copié de la nature , que l'on voit tirer les fels li- xivieux des plantes. On mêle leurs cendres avec de Peau que lon filtre: après au travers du papier gris qui re- tient la cendre des plantes, & laifle pafler librement les fels fondus dans: Peau, dont on fe fert pour détremper es cendres dela plante dont on veut extraire le fel.

. Malgré ces précautions redoublées de la nature il refte encore après ces deux filtrations un fel plus délié que €elui des deux premieres filtrations: qui gâteroit lesliqueurs nourricieres = la nature le poufle au dehors par la:

Hipp. #Phor.

20 DissERTATION

voye de la perfpiration , comme fous

Pavons établi, la nature n’ayant be-

foin que de la féve douce & balza-

mique pour la nourriture de fon fuiet. La nature , ou pour mieux dire,

celui qui la créée ,a fi bien. ajufté q 9

toutes chofes pour pourvoir à la du- rée & à la confervation de fon fujet, qu’il femble avoir pris de juftes me- fures , afin que ces évacuations fe fe- couruflent mutuellement, & que la diminution de l’une , fût compenfée par l’abondance de lautre, L’aug- mentation de lurine fuivant Hipp. dénote que les excrémens du ventre feront modiques. Afiükio noltn pluri-

ma faita , parvam fignificat dejeétio=

nem.. Les cours de ventre abondans

en revanche fuppriment ou diminuent confiderablement les urines. Enfin lorfque la perfpiration augmente, les:

urines & les felles diminuent ; lorf-

qu’elle languit , ces deux évacuations augmentent : & perfonne ne peut: contefter qu’en. hyver les urines ne

coulent en plus grande abondance

qu’en été; que le ventre ne foit plus:

libre lorfque la peau eft ferrée fui Mant cette maxime d'Hippocrate que:

| SUR LA PIERRE 2r hous avons fouvent citée ; Alu la- xitas, cutis denfitas © vice versa.

Mais ce n’eft pas feulement dans Pétat naturel que les évacuations fe fecourent mutuellement les unes les autres, mais même dansles maladies, comme on peut le voir dans divers endroits (4) d'Hippocrate.

. En un mot lesurines & les felles doivent être confiderées non feule- ment comme deux évacuations pour vuider les fels fuperflus de la premie- re & feconde digeflion, mais même comme deux éclufes que la nature a établies pour dégager & foulager cel- le de la perfpiration dont nous avons fait voir l'importance dans la Difer- tation fur la Goutte ; & l’on voit dans la pratique les maladies internes chan- ger en externes, & les externes en in- ternes..

(a) Qui articulari morbo dttentus, inteflini dobore dex- . #ra parte vexabatur, levins babebat. Ubi vero hic cura- #us fuit, magis dolebat. Hip-

pocrates demor. vulg. lib.

fexto fec. 4.

»

Eras homo

nis fœdiffima fcabie labos yanss atque nt lanaretur ac ceffit Miles ; ubi calide [uns therma; quarum Hs COnVa= luit à fcabies [ed paulopoft incidit in bydropem 7 exin- de mortuus ef Hip. in:

quidam £ihe-- Epids

223 DissERTATION

ML SW NE NL NS NS SOUL NZ SNS SSD NE) SSP SR N oe YNLSNYZN 2 , DOC

CHAPITRE SECOND. DIF 'CAÆPLCOLESS Des caufes de [a formation, [oir

dans les reins ; foit dans lavelfie Joit même dans d'autres cavités où on en a fouvent trouvé.

à E calcul ou la pierre dans les: reins ou dans la veflie, eft un: corps dur qui s’eft formé dans la ca- vité de ces organes , & qui en blefle les fonétions.

Ce corps eft formé foit dans:le rein: foit dans la veflie par cette liqueur mucilagineufe, que nous avons obfer- vée dans le Chapitre précedent, qu£ tapifle la cavité interne du rein & de: là veñie pour munir & défendre ces organes contre lacrimonie des fels: de l'urine. |

Ces liqueurs & ces gommes mucis lagineufes font capables & en état de: garantir ces organes de la falure na- turcile & ordinaire des urines ; mais: lorfque cette falure eft augmentée & redoublée par les caufes que nous:

| SUR LA PIERRE. 2% dirons bientôt, alors cette matiere: mucilagineufe eft détachée des pa- rois de ces organes , fixée , conden- fée , & comme corporifiée par ces fels: exaltés de l'urine , réduite en peloton. de la même maniere que dans la com- pofition du favon l'huile eft conden- fée & corporifiée par les fels lixivieux d’une plante qu’on appelle Kzk, en: François foude.. |

C’eft à peu près de la même ma--

niere que nous voyons que la graifle-

fondue eft fixée par l’efprit de vinai- _ gre, & quelatherebentine eff corpori- fiée par le mélange avec l’efprit de: _ fel. :

Pour donner de lévidence à la: propofition que je viens d’avancer ;. je propofe les fuivantes réfléxions que: je crois inconteftables comme extrai- tes des obfervations. des Praticiens .. des faits anatomiques & lithotomiftes: & prouvés par une Phyfique fimple,. qui porte l'évidence avec foi, çonte me le fymbole de la verité.

"Premiere Réflexion.

Ceux qui font tourmentés de là.

54 DissERTATION

Goutte de longue main font aufü fott

fujets à la Pierre, comme Sydenham Pa obfervé , & que l’expérience jour- naliere le fait voir. |

L'alliance ordinaire de ces deux maladies nous prouve qu’elles recon- noiflent comme deux fœurs germai- nes le même principe de leur produc- tion , que la caufe de l’une fymbolife, ou pour mieux dire, eft la même que la caufe de Pautre, en un mot que la même humeur qui produit la goutte _& les nodofités dans les articles des goutteux, engendre aufli la pierre dans les reins & dans la veflie de ceux qui en font atteints,

Ce fait de pratique a paru ft conf- tant & fi inconteftable à (4) Bagli-

vius , qu’il a dans fon premier Livre.

de pratique traité l’une & l’autre ma- ladie dans le même article , accufé les. mêmes caufes & propofé les mêmes remedes foit pour en préferver , foit: pour en guérir. Le vin, dit-il, les excès de la galanterie, l’oifiveté, la @) De cakulo © poda-| calcul € podagre : aque gra. Bag. pag..112. édition | pows , Ladlis ufus ; fobrie=- de Lyon, in quarto. tas y CT exercitium iiflens:

Pinum venus, otinm CO | medentur.. Bagl. pag. fupa. Hapula funt primi. parents À.

crapule:

4

UN LA PIERRE. | 925: erapule font les premiers peres de la goutte & de la pierre. La fubricté, Pufage du lait , la boiffon de l’eau & Vexercice y témédient, |

Ce premier coup d'œil de proche parenté de la goutte avec la pierre nous fournit une réfléxion qui fe pré- fente naturellement , que finous fom- mes affez heureux pour trouver la vé- ritable caufe de la goutte & la manie- re dont fe forment les nodofités dans les articles, la découverte de la caufe de la funétion de la pierre fera bien avancée, ou pour n mieux dire , fera dé= montrée,

Or je foutiens que dans ma Differ-

tation fur la Goutte j'ai démontré la caufe de cette maladie par des preu« ves entaflées les unes fur les autres, tirées de la balance & des calculs d’A- rithmetique dont la forcen’eft, ni ne peut être conteflée. Je fçai que divers Medecins d’une Ville fort éloignée fe font affemblés pour faire l'examen de mon ouvrage dans le deffein d’en faire la critique : ; & la leéture finie ils n’ont fçû par où. la commencer.

Je puis attefler avec verité que

(

26 DrssERTATION

j'ai reçu diverfes lettres des principa- les Villes du Royaume de divers goutteux perclus qui avoient la gout- te prefque toute l’année , qui me re-

mercient du fuccès qu'ils ont trouvé

dans la pratique d’une partie des. moyens que je propofe pour guérir la goutte. | D'ailleurs l'accueil favorable avec lequel le Public , ce cenfeur inexora- ble, Pa recû, l'approbation honora- ble de la Faculté de Medecine de Paris prouvent que mon ouvrage eft marqué au Coin de la vérité. J’employe donc ce que j'ai dittou- chant la caufe de la goutte & de la formation des nodofités dans les arti- cles des goutteux , pour établir la formation de la pierre dans lesreins & dans.la veflie, & je propoferai dans cette feconde réfléxion un petit ex- trait de mes idées & de ma doétrine.

Seconae Réfiéxion.

Deux caules produifent la goutte : lune primitive, la denfité de la peau;

lautre prochaine & immédiate, la

matiere faline de la perfpiration que

SUR LA PIERRE. 27 la denfité de la peau a retenue. Cette denfité de la peau introdur- -te par le penchant de l’âge , ou par les fautes qui la prématurent , comme les excès du vin, de la galanterie , de la bonne chere, loifiveté, le défaut d'exercice , les aflidues contentions d’efprit , l'excès immoderé, des médi- tations forcées & redoublées & d’au- tres caufes que nous avons relevées dans le livre de la Goutte , retient cette matiere faline de la perfpiration, porte obflacle à cette féconde éva- cuation qui doit fe faire par lhabitu- de du corps, & doit furpafler toutes les autres évacuations réunies. en- femble. - Cette matiere de la perfpiration ainfi retenue dans le fang, le furcharge de fes excrémens falins. Le fang fe trouvant furchargé de cette matiere faline de la perfpiration retenue par la denfité de la peau , la rejette dans Jes goutteux fur les articles , elle y pince par fa falure les membranes & Îes tendons qui y aboutiflent , & elle y excite cette vive douleur qué nous. appelons goutte, Cette même matiere faline forme | C 1j

à

28 DissERTATION par fucceflion d'attaques ces nodus s ces matieres tophacées dans les arti= cles des vieux goutteux couche fur couche, parce que cette matiere (a- line coagule , fixe & durcit la (4) fi- novie des articles. Lifez la pag. 29. & 30. de mon Traité de la Goutte. N'eft:il pas naturel de penfer & de croire que cette même matiere faline qui fixe Phomeur huileufe des articles dans les goutteux, lorfqu’elle prend la route des reins & de la veffie, y for- me des pierres, en coagulant & dur- ciffant les humeurs mucilagineufes , que Ja nature a placées dans leurs ca- vités pour les munir & les garantir contre l’acrimonie ordinaire & natu- relle des fels de l'urine. ù Ces liqueurs mucilagineufes font bien capables dans l’état naturel de garantir ces organes contre les fels que nous avons ob'ervés devoir en-

(a) La finovie eff une humeur huileufe & ful.

phureufe que la Nature 2

placée conitamment dan

les articulations , & doni À 2

tous les Anatomaftes con- viennent, Son ulage eft dé rendre les mouvemen doux & aifés, d’enpéche:

le deficchement des carti-

qlages qui recouvrent Îes êtes des os. dans leurs intures , & d'éviter le vruit que nos os feroiene dans l'exercice ; cette fub- tance huileute fafant dans 106 articulations ls mème 2fét que la graifle qron net dans les effieux d'ux carrofle,

SUR LA PIERRE 56 trer naturellement dans la compofi- tion de l'urine ; mais lorfque les fels de la perfpiration retenue prennent la route des reins & de la veflie , & fe joignent à ceux des urines dont ils re- doublent la falure , alors cette gom- me mucilagineufe, infuffifante pour y réfifler, eft détachée des parois de leurs cavités , fixée, durcie & corpo- rifiée à la maniere ‘que nous avons dit que fe formoient les nodus dans les articles des goutteux. |

Cetté augmentation de falure dans les urines des pierreux ne peut être conteftée : elle a été connue par Avi cenne au rapport de Meniot. Mec Mere: ps. éerre ita nova eff bac opinio, quin in ea ie verfatus fuerir Avicenna docens uri- nam co paratiorem elle ad calculum ; quo plus fale abundaverir.

Cette falure augmentée, qui eft la caufe efficiente du calcul, comme le mucilage en eft la matérielle , non feulement produit la pierre, & l’aug- mente , mais même aggrave les dou- leurs des pierreux.

L'expérience nous fait voir , com- me Meniot l’a obfervé , que la pierre renfermée dans la veflie ne tourmen-

C ii

Men ot de

| Lythiof.

30 DirssERTATION

te pas fans cefle le malade comme d’autres corps étrangers, mais qu’el- le donne des relaches & des inter- valles. Cerrnm eff calcnlum eriam re- nalem in vefica inclufum, fieur alicna quais corpora, non perenniter , Verurm Per intervalla naturam proritare, do- lore[que à Lythiofi nequaquam feriis vacare vel induciis.

Quel eft le tems où la pierre fuf- pend fa tyrannie contre le malade ê C'eft lorfqu’il a ufé des bains, du lait. qu'il a obfervé un régime de vie pro- pre à rétablir la perfpiration dont nous avons propofé les moyens fort au long dans la Differtation fur la Goutte.

Maïs lorfque par des excès de vin, des liqueurs fpiritueufes, des grands repas entaflés les uns fur les autres, des viandes de difficile perfpiration, des froids & des brouillards où il fe fera témérairement expolé, par des chagrins vifs, ou par des contentions d’efprit, &c.ila porté obftacle à l’é- vacuation des matieres falines qui de- voient fortir par l’habitude du corps, qu’elles font renverfées fur les orga- nes de urine , dont pour lors elle re- double la falure, c’eft dans ce tems

Pi

SUR LA PrERRE 3f, que les douleurs & les tourmens fe réveillent, & que la pierre le fatigue avec plus de furie.

L'urine falée pince la veffie d’au- tant mieux que par l’attrition & le rou- lement sue du calcul, le mu-

cilage qui fervoit à la ee comme

de matelas , eft détaché, une partie s’appelotonne à la pierre , une partie fort avec les urines , la tunique ner- vée de la veflie étant à découvert , eft pincée à nud , les contraétions des

fibres a plus

fortes & fans relâche , elles pouflent le calcul avec eRort dans le col de Îa

vefle , fappriment Furine quine peut venir que goutte à goutte, & exci- tent une vive douleur qui fe fait fen- tir principalement au bout de la verge qui fert d'attache & de point d’infer-

tion à l’urétre.

Riviere nous dit pag. 222. cap. 2. Z, prax. med, 14. que les Efpagnols font très-peu fujets à la pierre: ne pourroit-on point croire qu ls en font redevables aux foins qu'ils prennent de foutenir toujours une perfpu ration égale? Outre Pavantage qu'ils ont d’habiter un climat chaud, ils font

C in

32

DiIsSERTATION.

toujours bien (z) vêtus, même l'été dans les jours caniculaires , ils vivent

(2) Je puis affürer avec vérité , inftruit par une ex- périence conftante, que les habits d'été legers & gra- eieux dans les tems canicu- laires {ont ia fource de bien des maladies, fiéyres my lignes , diflénteries , cole- Ta moibus, paralyfies , morts fubites, &c. Je puis attefter en mon particulier que je n'ai jamais fait faire d'habit d’été que j’aye por- t qui ne m’ait procuré une frieufe maladie,

Je fçai que tout autant

e la chaleur eft vive un Éabie été fuffit ; mais comme dans les tems de Tannée les plus chauds il rcgne certaines rifées de

fraicheur ou le {oir ou le

matin, quelquefois même pendant le jour quelque vent froid, quelque pluye qui vous furprennent avec votre habit d'été qui n’eft pas en état de foutenir & de meitre en fureté la per- fpiration , le moindre froid qui vous frappe dans ce tems-là vous rend malade ; & férieufement malade. J'ai connu un Capucin de mérite & d’un r bufte tempérament , nommé le Pere Daniel de Monfegur, qui prècha la fête des Stig- mates de S$. François avec beaucoup de vébémence

de fa part & d’applaudiffe- ment de celle des audi-. teurs. Ce zelé Religieux ne

voulut point manquer 28

|

Salut qu’on donna à lif-

fue du Sermon. Au lieu d’al-

ler dans fa chambre fe mettre fur fa couche & fe couvrir , il fe mit à ge- noux entre la porte du Cloître & celle du Chœur, pendant qu’on chantal hym= ne & les prieres qui pré- cédent la bénédiction. 11 refpiroit avec plaifir un vent frais qui pañloit au travers de ces deux portes: qui n'étoient éloignées l'une de Pantre que de fix Pieds. Ce Religieux ne Voulant point cefler de donner bon exemple à une nombreufe Communauté , comme celle de Bordeaux, dont il étoit à la tête, fire la nuit à Matines jufques à deux heures | rems au- quel 11 furvient des fraiz cheurs : à fept heures du: matin 1] dit la Meflè Con-

-Ventuclle qu'il finit avec

beaucoup de peine, il fie

‘1e mettre fur fa couche, &

demande . du fecours >, on

[ne lui trouve point de

poulx, mais les extrémités froides & Engourdies , mais pourtant conferyane toujours fa connoiflänce, On vint me chercher, Yÿ

\

SUR LA PIERRE.

+33

très = fobrement , leur viande princi- pale eft le mouton qu'ils appellent

gours , je le trouve mort

dès le moment que j'étois

parti de chez moi. Si f- brii CT in vin moderait pramature morinntnr ; ami” ci mirantar rei novitatem quia de inferfibili tranfpi- ratione nihil frimnt. Sant.

in Aph. Peut-on douter que cet- te fraicheur imprudente

qu'il recut entre les deux portes ne lui ait gelé fon fang & fes liqueurs échauf- fées par lation de la pa- role , des geftes , de la contention d’efprit & de la

mémoire ? quine fçait que

pour glacer des liqueurs

on commence par les faire

chauffer |, & on les jette œhaudes dans des vafes Îacés ?

.._.. Concluens donc que la pefte la plus pernicieufe du genre humain eft la fup-

. preffion dela perfpiration, & je répéterai 1c1 l'autorité de Sydenham que jai pro- poiée dans mon Traité des maux vénériens cbfer. 20. qu'il meurt plus de gens par les fautes contre la perfpirauion, qu'il n’en pé- rit pär la faim , par la pete, par le elaive joints & réu- ms eniemble. Plures eo [olo

vitio quam vel pefle vel fa-

me , vel gladio fimul mnitis eminibus interires

Jé parle également pous Pun & pour Pautre exe, Guoiqu'ordinairement : les femmes ne foient pas fi fujettes à tomber dans fa fupprefion de la perfpira tion que les hommes , par- ce qu'elles ne s’exercent pas autant , & que po# l'ordinaire eiles gardent la mafon. C’eft le fenu- ment d'Hippocrate 1. 6. de morb. vulg. Seét. 7. n. 2. Cujus rei canfam efle exifi;- mabam quod non perinde ae viré in publicum prouirent à © quid reçuaçuam pariter ac viri reorbis tentabantite

On me dira fans doute que la chaleur de l'été de- vient infupportable fi Von eft couvert dans ce tem

à, qu'on étoufe, qu'il ny La pas moyen de vivre

que cette chaleur eft ca- pable de faire plus de mal -que de bien , &c. Je ré- ponds que je ne demande pas une chaleur brülante excitée par des habits re- doublés , mais feulement des habits qui puiflent te- nir la perfpiration en fu reté ; qu'un peu d’atten- tion à foutenir toujours une chaleur égale, douce & unie dans le corps eft pré- férable aux efforts que Pen fait pour devenir riche; aue pour peu qu'on veuihe

34 DissERTATION Carnerou , comme qui diroit par ane thonomazie, figure de Rhétorique, viande, & nous avons obfervé après: Sanctorius que Ja viande de mouton: étoit non-feulement de facile perfpira-. tion, mais qu’elle facilitoit encore: celle des alimens moins perfpirables, On ne foupe guéres dans ce pays ; le: vin y eft pris très-fobrement , on ÿ détefte les yvrognes & l’yvrognerie, jufques-là qu'un homme qu’on prou- veroit s'être enyvré une feule fois, fe- roit exclu de pouvoir rendre témoi= gnage en juflice. Ne font-ce pas là des moyens propres à foutenir tou- jours une perfpiration égale ? Par con. fequent point de reflux de la matiere faline dans les reins & dans la veflie : point de falure redoublée dans les uri- : nes, ni par conféquent de génération de pierre. | Une preuve bien convaincante que la falure de l'urine eft augmentée par

fe mettre à même de fou- | trefois ; fur-tout fi vous tenir cette chaleur | on | faites réfiéxion que la fan verra qu'on s’y accoutume | té & la longueur de la fort aifément, & dès-lors { vie dépendent de là. Se- la moïadre fraicheur vous | ne@ys revera agritudo GR deviendra plus infupporta- | fed dix protrabitur JE car- ble que la chaleur dont! hws reddatur perfbirabile. Vous vous plagniez au-! San@orius,

a

D SUR PA TPIENRE 34 la diminution ou la fuppreflion de la perfpiration ; c’eft l'expérience fui- vante dont chacun pourra fe convain- cre par lui-même.

Que flhomme du monde le plus fain & qui fe porte le mieux, vienne à fouffrir un froid confiderable, ou por- te obftacle à fa perfpiration par l’ufa- ge immoderé des viandes, ou par des mets difficiles à perfpirer, il verra Îe même jour que fes urines changent de couleur, qu’elles paroïtront roufles & ardentes jufques à ce que la perfpira- tion foit rétablie.

Ce changement de couleur peut-il fe concevoir autrement que parce que les fels de la perfpiration retenue font évacués en partie par la voie des orines qu’elles colorent par leur mê- lange ?

… Nous avons fait voir dans le Traité de la Goutte , lorfque nous avons parlé de la maniere d'opérer du Kina, que dans les fiévres intermittentes, la couleur rouge des urines , le fédiment briqueté de même couleur qui s’en fésare, & fe précipite au fond du vafe de lPurine étoient le produit de cette maticre faline perfpirable qui prenoit

36 DiIssERTATION

a route des urines à Caule de l’obfx- _ele qu’elle trouvoit dans la peau à fess canaux naturels & excrétoires.

Troifieme Réflexion.

Examinons un calcul récemmentt!

tiré de la veflie, vous verrez qu'il eftl enduit de cette mucofité de la veffic,, qui n’a pas eu le tems d’être fixée par: les fels de l'urine pour donner à lai pierre uné lame de plus. | Vous trouverez qu'il eff gluant com-. me une piéce de favon mouillé : vous éprouverez que plufieurs années après | qu'il a été expofé à Pair, qu'il s’eft deffleché & a diminué de fon poids, il conferve néanmoins toujours une onétuofité comme le favon. On doit regarder cette onétuofité comme une

preuve que le mucilage dont nous a-:

Vons tant parlé, eft la principale ma- ticre dont il a été formé.

Mais allons plus loin, dévelo- pons un peu ce corps, nous éprou- verons qu'il eft formé par plufeurs envelopes pofées les unes fur les au- tres , femblables à un oignon qui doit fa groffcur au grand nombre des la.

| |

\

SUR LA PIERRE 37 més dont ileft revêtu. Æfulros é vefi- Sscaliger. et ca lapides exemimus cæparum more id lamellis incruffatos. . de fubtilit. Enfin lexpérience vous fera voir

que d’une pterre fraîchement tirée de

la veflie, vous pouvez détacher avec -

la pointe d’une éping'e ces lames & ces envelopes les unes après les au- tres avec la même facilité que la co-

quille d’un œuf qu’on a fait cuire & durcir; & que cette expérience peut fe continuer en détachant les lames &les ‘envelopes les unes après les autres _jufques à la fin du calcul. Vous obferverez que la furface ex- terne & convexe de chaque envelo-

pe retient de la couleur du mucilage

& du flegme dont elle a été formée,

dont pourtant le mélange du fel de la matiere {aline de la perfpiration , a un peu alteré la blancheur.

… Mais quant à la partie concave & interne de chaque envelope elle eft blanche comme la neige; & l’on peut voir dans des lames, qui ne font pas fi épaifles que des feuilles de papier,

ces deux différentes couleurs, l'une grifâtre dans la partie convexe exter- _ne, qui a été la plus frapée des fels de

38 DiIssERTATION

la perfpiration ; l’autre blanche dans: la partie concave interne, qui n’a pas été fi expofée à limpreffion des fels,

II femble que la nature fçavante,, fans que perfonne Fait inftruite, ait: voulu nous donner par un clin d'œil | cette marque, ce figne non équivo-. que par la blancheur de la partie con-. cave des lames, pour nous dire parun langage muet, par un filence éloquent, que la matiere principale qui faifoit Ja compofition de la pierre, étoit le flegme blanc & gluant qui enduit la furface interne de la veflie, afin

| que nous puiflions en trouver facile-

Hip. lib. . ment le diffolvant. Narura ipfa fibi

RS SCT per Je, non ex confilio, motiones ad ac- tiones obeundas invenit, partim qui= dem ut nittare... a nullo quidem edoc- ta citraque difciplinam ex qua conve- niunt efiicit. 1)

C’eft par ces lames redoublées les . unes fur les autres, que l’on décou- | vritä Bordeaux, quoiqu’un peu tard,

: Pimpofture d’un prétendu Lithotomif- te dontle nom mérite d’être fupprimé, comme celui de ce fol qui mit le feu Temple d'Ephefe pour faire parler

c lui. R

SURILA PIERRE 39 . Cét (a)impofteur après avoir taillé au petit appareil fept où huit enfens dans Bordeaux avec fuccès, lan 1663.fe Vanta de tailler de la même mamiére & avec la même facilité les adultes & "les hommes faits. El choififfoit fur le bord de notre riviere des cailloux de differente groffeur ; & quand il vou- loit operer, il fatfoitune incifion dans les tégumens ; il y introduifoit une pierre avec la dexterite d’un Joueur de gobelets, & la retiroit après toute nfanglantée ; 5: 1l la remettoit au ma- laide qui aliaé de. la dexterité de fon Chirargien qui faifoit lopération à jufteprix, & qui ne caufoit pas de grandes douleurs , ne pouvoit fe laf- fer de faire l'éloge de ce fripon. Il en tailla de cette. maniére ‘quatre- vingt-quatre en moins de trois mois 3 & pour donner des preuves de fa grande expérience & de fa capacité, il faifoit au malade qu’il devoit opé- rer,avec de la mie de pain, le modéle de la pierre qu'il devoit tirer , fort pour la groffeur , foit pour la figure;

(2) Genus: hominum poten- Vire €T vetabänr fempess tibus : infaum > Jperantibns | O'retmebitur, Tacitusl, x. | ot quod in civitate no Ÿ biftor.

40 DissSERTATFON | | ce qui ne lui étoit pas difficile, puif-.

ul avoit dans fa poche celle quil! vouloit fubftituer. |

Il eft furprenant que nos anciens collégues , prefens à ces opérations. auffi bien que d'habiles Chirurgiens, ne fe fuflent apperçus de l’impofñture de ce fcelerat, qu’après qu'il fut parti. Ï1 avoit foin de faire tenir les malades plufieurs jours couchés fur le dos; ds rendoient dans cette pofture les urines avec moins de douleur ,comme nous le ferons voir dans le chapitre fuivant.

D'ailleurs cette douce confolation de lame , que le malade goûtoit à longs traits , tenant fa pierre à la main, croyoit-il, rappelloit une perfpiration égale , libre & facile comme nous l’a- vons établi dans la Differtation de la Goutte, fuivant l’aph. de San&or us: Animi confolatio, Lberam facit per[bi- fationem.

Le malade fentoit-il de la douleur & de la peine à rendre fes urines, 1] lui perfuadoit facilement que cela dépendoit de la bleflure de la veflie qui n’étoit pas encore réunie ; mais que la cicatrice une fois faite, il fe-

roit

| SUR LA PIERRE. 4x roit délivré de toute douleur.

Cependant les malades après le dé- part de ce Charlatan , fondés de nou- veau, fe trouverent tousavoir la pier- re dans la veflie. Cela fit ouvrir les yeux ; on cherche Îa difference de ces cailloux fubftitués aux véritables cal- culs. La principale fut fuivant Min- gelouzeaux notre ancien collégue _dans fon Traité de la Pierre pag. 747. que les calculs humains font faits cou- che fur couche frarum fupra flratums mais qu’on ne trouve pas dans les cail- Joux de riviere cette même ftruéture:, & comme dit Memot pag. 751. Cal- culs enim laminof: funt , nec ur externi lapides unius compasis.

On trouva d’ailleurs bien d’autres differences. 1°. Que les vrais calculs t1- rés de la veflie, ne font point diapha- nes , & que les cailloux fubftit ués Pé- toient. 2°. Que les calculs battus avec un fer propre à tirer du feu, n’en fai- foient point; mais bien ceux que cet impofteur avoient fubftitués. 3°. Que les fragmens des calculs formés des mucofités de urine retiennent un goût fallé , lorfqu’on les mache long- tems sau contraire les cailloux de cet

D

42 DissERTATION impofteur étoient infipides, & qu'il

faudroit avoir eu les dents defer pour.

pouvoir les difloudre, 4%. Que les pierres tirées par la Lithotomie étant

mifes fur des charbons ardens, pouf- :

{ent une vapeur & une odeur puante, cé qui donne à connoître la matiére de leur compofition ; au lieu que les pierres de riviere ne fentent point mauvais , lorfau’on les met fur le feu 3 mais elles fe calcinent fi le feu cit violent, $°. Les calculs quand on jes cafle, & qu’onen met quelques frag-

mens dans un verre d’eau l’efpace de.

24.heures , l’on remarque fur la furface de l’eau des petits flegmes & des mu- cofités qui reffemblent en quelque fa- çon à celles que lon voit dans Purine

d’une perfonne travaillée de la pierre,

& même cette eau tient un peu de l'odeur de l'urine & eft un peu fallée. 6°. Enfin les vrais pierres de la vefhie font plus poreufes & plus legeres à proportion de leur groffeur que celles de la riviere. Extrait du Livre dela Pierre de Mingelomaux Doflenr en Médecine, Aggrégeé au Coilepe des Aédecins de Bordeaux.

Je ne puis m'empêcher de rappor-

sHRIDA PIERRE 4 ter ici une hiftoïre, bien qu’étrangere au fujet que je traite, qui fera voir la généreufe réfolution , ou pour mieux dire la témérité d’un de nos compa- triotes. |

Le pere ou grand pere de M. Col- leau que nous avons eu iciLithotomif- te, fut appellé à Bordeaux pour tailler quelques-uns de ceux que ce fripona- voit trompés, Un particulier très-riche & très-avare’, fe plaignoit de quelque difficulté à rendre fes urines: 1l fe per- fuada d’avoir la pierre dans la veflie ; Hconfulte ce fameux Lithotomiftenou- vellement arrivé de Paris, qui d'a- bord lui propofa de le fonder pour fçavoir par le moyen de la fonde s’il avoit la pierre ou non, Le malade confent , il eft fondé & refondé, point de pierre. Colleau, lui dit, qu'il étoit fouvent arrivé qu’on avoit fon- dé des malades , aufquels on n’avoit point trouvé la pierre, qui cependant _avoient la pierre dans la vefie,comme Vextration qu’on en avoit faite pat la Lithotomie , l’avoit prouvé. L’o- pération ayant été faite fur les autres fignes que fur le ta@ de la fonde qui étoit à la vérité lefigne le plus afluré;

Di;

x PP EE Ep EE)

44 DissERTATION mais qu'il étoit certains cas où le (4) défaut de ce figne n’établiffoit point qu’on fût exempt de la pierre dans la veflie. 7

Il n’en falut pas davantage pour fortifier le malade dans l'opinion qu'il avoit la pierre 3 il convient du prix, fe fait tailler contre l'avis de fa famille & de fes meilleurs amis. On eut beau chercher la pierre , on n’en trouva point. R

Un officier de notre Parlement lui reprochoit un jour, le tort qu'il a- voit eu par fon entétement, d’expofer fa vie aux rifques d’une opération aufli dangereufe. [1 répondit. Je fuis bien: aife de lavoir fait ; j'ai voulu profiter de l’occafion , j'en ai été quitte pour trente piftoles ; il m'en eut coûté mille: écus, fi javois fait venir exprès le Lithotomifte; fi j'avois eu la pierre, ik. me l’auroit tirée.

Mais revenant

(a) On a vüû ce fait véri- fé depuis peu dans la per- fonne d’un Doéteur en Me- decine, Praticien fameux dans la ville d'Agen, Ce malade par fes lumieres & par fes fignes comptoit a-

voir la pierre: divers ha- |

au fait que nous

biles Lithotomiftes fe fon- . dérent à différentes repri-: fes; 1ls n’ont jamais trou- vé de pierre. Après fa mort

on lui entrouva une, ce qu

prouve que le malade n£ s’étoit point trompé.

: SUR LA PIERRE % avons à prouver, rien ne démontre plus que la pierre eft patrie de ce mu- cilage, de ce flegme fulphureux ; que Popération de Chimie dont parleMe- niot, pag. 719. On retire des pierres par la Chimie une huile ,très-puante, que je regarde comme le lien qui at- tache les fels & les parties terreïtres. Imo prater falem € terram , oleum € quidem fœtidiffimum € calculis arte _ fpargirica educi planum cértumque eff, _quod ad falis terraque illaqueationem non fic inutile. is

On peut donc de tous ces faits na- turellement conclure que la principale matiére qui entre dans la compofition de la pierre , eft ce mucilage gom- meux & fulphureux , qui dans l’état . naturel enduit les parois du baflinet, du rein, des ureteres & de la veflie pour nous mettre à l’abri de la dou- . leur , qu’exciteroit le fel de l’urine dans ces parties. Mais lorfque la fa- leure naturelle des urines eft redou- blée par la matiére faline de la perfpi- ration ; alors ce mucilage eft fixé & comme eorporifié , pour ainfi dire, à peu près de la même maniére que la thérebenthine eft reduite en corps

46 DrIssERTATION

parle mélange de l’efprit de fel, Phui: le par les fels lixivieux du kali dans - a compofition du favon , les fubftan- ces gratffcufes par le fort vinaigre, &c.

Quatrième Réfléxion.

Il eft d’une fi grande importance de connoître au vrai & avec certitu- de , la véritable compoñition de la pierre per en procurer ja difiolution, que j'entafferai preuve fur preuve, pour ne laifler aucun doute, puifque par-là on verra la convenance du re- méde & du moyen que je dois pré- pofer pour la difloudre : & dans cette réfléxion j'avancerai deux faits tous les deux vrais & inconteftables,

PRET ISERE ENT

Le calcul humain deffeiché , pul- verifé & mis fur des charbons ar- dens, brûle avec une efpece de bruit & de détonation comme la poudre à canon ; mais beaucoup moindre.

Cette expérience prouve deux cho- fes. La premiere que le calcul con- tient une fubftance huilleufe & ful- phureufe ; puifqu'il cit inflammable

SUR LA PIERRE. à

foivant l'avis de Fernel, Corpus om- ne quod infammari poref , olei cujiuf= dam eff parricep: , cujus beneficio con-

fagrar. , Videbor bic loci guidquam

magnum © veteribus inaudirum ad- ferre ; quod tamen multo verifimrilius

fie ox multiplics etiam experientià é

comprobatum. Fern, de abd.Ker. Canf. La feconde, que parmi le foufre huil-

leux , il y a aufh du fel qui le fait pe-

tiller & détoner quand 1l brûle. Suivons un peu lacomparaifon que nous avons propofée du calcul hu-

man pulverifé avec la poudre à ca-

non, Qui ne fçait que la poudre äcanon, eft un compolé de falpetre, de fou- fie & d'un charbon fuphureux, que fournit un arbufte appellé par M. Pit- ton Lournefort, Aluus uigra baccife- ra cornuts., & par d’autres Françula dodonci, en François, Sanguin, (c’eft de ce même arbuite dont les Cordon- niers fe fervent pour les chevilles des talons des fouliers.} Nous pouvons donc conjeéturer avec vraifemblance que la compofition de la pierre eff analogue à celle de la poudre , puif- que la pierre pulverifée brûle avec

48 DissERTATION une efpece de détonation comme Îa! oudre à canon, à la vérité moindre. ous le falpétre entre dans la: compofition de la poudre pour les: deuxtiers , & le foufre & le charbon: fulphureux pour l'autre tiers, au heu: que dans la pierre, ce flegme gluant: & fulphureux en fait prefque toute: la compofition ; & que les fels de la. matiére faline de la perfpiration y font: en moindre doze , eu égard à celle: du falpetre daris la poudre. | On peut confiderer ces parties fa-. lines dans le calcul comme autant de clouds qui lient & attachent les par-. ties fulphureufes couche fur couches. & en revancheles parties fulphureufes comme des cordes & des liens qui. cntravent les fels à leur tour. } SECOND FAIT. | Fi fe trouve une difference entre. Je calcul du rein & celui de la veflie.. foit dans la couleur, foit dans la con: fiftance, Le calcul du rein eftrougea- tre & friable ; celui de la veffie eft gluant & grifatre. Cette difference vient fans doute; de ce que le mucilage qui enduit le

baflinet

SUR LA PIERRE 49 baflinet & les uréteres, eft d’une gran- de finefle , comme filtrés par des glan-

des très-fines ; aufli ne le trouve-t-on que par le ta&. Mais ce mucilage dans la veflie, eft plus gluant & plus | fenfible , & on le découvre non-feu- : lement au tact , mais même à la vûe. Le premier muclage fin fufñit pour garantir le baflinet & Îles uréteres, comme nous l'avons dit ci-deflus, parceque les urines ne faifant que pañler , & devant couler rapidement par ces tuyaux , il étoit inutile d’y placer un mucilage plus épais, qui auroit pû embarrafler le diametre de ces organes ; mais comme l'urine de- voit féjourner dans la veflie, comme dans fon refervoir , la nature a eu at- tention de la garnir d’un mucilage plus gluant & plus épais. Auf M. Winflow , appelle le premier liqueur mucilagineufe , qui moüille les uréte-

res & leurs branches; & celui de la

_veflie , limphe mucilagineufe , qui

_ enduit & garantit la veflie, &c.

_: Concluons donc que la difference

l

| de la couleur & de la confiftance des | pierres du rein d’avec celles de la vef- | fie , dépend x, de la finefle du E

1 (

fo DussERTATION mucilage dans celle du rein, qui fur4 pañle celle du mucilage de la veflie. D. De ce que le fel entre plus dans la compoñition de la pierre du rein, que dans lautre ; car pour fixer &, corporifier un mucilage fin , ila fallu beaucoup plus de fel à proportion | que pour un mucilage gluant & épais: déja corporifié prefque par lui - mé=: me; & je crois que la couleur rou-: geâtre des pierres du rein , eft une: preuve du {el, dont il abonde , &: dont il furpaffe à proportion la pierre: de la vefie. R . Ilya lieu de croire qu'une des cau-: fes qui favorifent la génération de lai pierre dans le rein, eft de demeurer Jong-tems couché deflus. Un gout-: teux , par exemple, qui gardera long- terns la fituation d’être couché fur lei dos , porte obftacle par cette atitude! à la defcente des urines, qui faifant: un plus long féjour , dans la tête de: Purétere , qui fert de baflinet dans: l’homme , donne le loifir à la falure: de l'urine, de fixer & corporifier cette: limphe mucilagineufe& de Ja pénétrer, Mais ceux qui gardent la fituation perpendiculaire , ne font pas fi fujets.

SUR LA PIERRE. €t au calcal des reins, parce que les uri- nes defcendent par leur propre poids lorfau’on eft debout ouaflis, & n’ont pas le loilir de féjourner dans le baf- finet & les uréteres. 4

_ Heft à obferver que le calcul du rein defcendu dans la veflie, s’il ne fort bientôt par lurétre, y groffit couche fur couche , comme (2) Fer- nel la obfervé, & que nous trou- vons fouvent le calcul du rein, com- me un noyau au mieu de ces cou- ches & envelopes qui forment le cal- cul dela vefie. Mais Kernel fe trom- pe; quand il aflure que tous les cal- culs de la veffie prennent leur naif- fance dansle rein, puifqu'il s’en trou- ve fouvent qui n’ont pas le noyau , comme ceux des enfans, ou de cer- tains pierreux qui n’ont jamais eu de coliques nephretiques. Aufli Fernel a été contredit fur ce dernier point par Rondelet, Julius Alexandrinus , Antonius Valetius , Meniot &autres,

(a) Quofcumque calculos | exturbatum ; diverf: quans veficæ exermptos cbtrivis (ob- reliquurs integamentum Co trlui antèm plurimos expe- | Loris © fubflantie. Ferne- riendi gratia) in eornmame- | liusl. 6 cap. rs. Patho» à _dio quaft nuclenm reperi ve- | logiæ,

D own radimentim € rcnibus

Eij

s2 DissERTATION Cinquiéme Réflexion.

Un des fignes des plus certains de l’exiftence de la pierre dans la veflie, après pourtant le taétde la fonde, eft une matiere blanche gluante qui s'attache aux parois du pot de cham- bre des pierreux , comme nous le di- rons dans le chapitre fuivant.

Zechius dit que l’aph. 79. feët. 4. d'Hpp. conçüen ces termes, Quibns in urinis fabulo[a fubfident, his vefica calculo Laborat , a été mal interpreté par Gallien & ceux qui Pont fuivi; que par le terme fabnlofa Hipp. n’a entendu parler que de cette matiere gluante & tenace comme la morve

du nez qui s'attache fortement aux

parois du po: de chambre ; que cette mucofité ainfi attachéeefttoüjours un figne pathognomoniquede l’exiftan- çe d’une pierre confiderable dans la veflie ; qu’à la verité quand cette gomme ne fe trouve point, c’eft un figne que la perre eft petite dans la veflie, comme cela parut dans la per- fonne du Cardinal Paleotus.

Riviere de Montpellier dit que la

\

«SUR LA PIERRE $3 prefence de cette matiere attachée au pot de chambre nous dénote certaine- ment la pierre ; mais que Pabfence de cette matiere ne prouve pas que la veflie foit exempte de calcul.

Le même Riviere nous propofe un figne diftin@if qui merite grande at- tention. Il dit qu'il y a des fleg- mes qui nagent fouvent dans les uri- nes, & qui ne font point des fignes d’une pierre dans la veflie ,; comme Cardan le raporte dans la perfonne du Pere Leon , Moine de Saint Au- guflin; mais que ces flegmes qui font fortement attachez au fond du vafe de FPurine, qu’on en détache avec peine, même après qu'onaren-

verfé le vale ; ceux-là font des fignes

certains. de l’exiftence d’une pierre dans la vefie : c’eft un faitajoûte-tAl, que lPexperience m’a apris, & dont aucun Auteur ne s’eft encore aper- GÜ. Æateriam mucilaginofam à \ . E « ° wefica prodeuntem in eo diffingui ab

illa qua ex aliis partibus procedit

quod que à vefica magis tenax © glu- tinofa eff » ita ut fundo matule aut Vitri ourofCopi tenaciter adhæreat, nec . poff urine effufionem vehementi concuf-

E ïj

+ * + ET pe 4e : à fr Pique tt Siné Die SES

dus cn: À 2

$S4 DirssEerTATronN

Jione excuti valeat; que vero eff ab aliis partibus, fun domatule non adhe- ret, Jed ea inverfa flatim cum urina effluit : hoc nfus nos docuir Quod à nullo Auilore haïlenus ef} animadver- fum. River, cap. 2. de calc. veficæ, pag. 223.

On ne peut douter que cette ma- ticre mucilagineufe ne foit la même qui enduit la veflie & qui s’appelo- tonne au calcul couche fur couche. Le calcul recemment tiré de la veffie fe trouve enduit & couvert de cette gomme mucilagineufe , femblable à celle qui fe trouve dans les parois du pot de chambre, qui n’a pas eule loi- fir d’être fixée par les fels de l'urine, & qui eft la même que celle qui en- duit la veflie, qui detachée par la fa- lure redoublée de l’urine , s’attache en partie au calcul , & fort en partie avec les urines,

Ce mucilage eft encore détaché des parois de la veffie, par l'attrition & le roulement de la pierre lorfque le malade fe donne du mouvement ; fur tout quand il fait quelque exer- cice violent.

Mais une des caufes qui contribuënt

SOL A PIERRE fe le plus àla détacher , font les vives contraétions dela tunique mufculaire de la veflie ; qui par des efforts re- doublez pour pouiler, foit Pure, . foit lé calcul qui porte cbftacle à fa fortie , Pexprime & la détache des glandes que nous avons obfervées, & qui en font la fource. |

Riviere apelle cette mucofité qui fe précipite au fond du vafe de Puri- ne, P’efice male affeite © calculo la- borantis proprinm excrementum © fig- num pathosnomonicum.

Jai vû un Juge d’une Terre de ‘Chaloffe , attaqué de la pierre; fon Chirurgien foûtenoit quil avoit un ulcére dans la vefie : la douleur , fe- lon lui, étoit caufée par l’ulcére ; cette matiére mucilagineufe étoit le pus quien fortoit, Le Malade fit ve- nir Monfieur Colleau qui lui tiratrois pierres de la veffies; & voilà quelle fut la guérifon de cet ulcére pré- tendu, |

C’étoitun Goutteux que la Gout- te avoit faifi fort jeune ; la pierre fe mit bientôt de la partie, qui fuccéda à diverfes coliquesnéphrétiques dont il avoit été tourmenté, |

| E

56. HDissERTA TION. J’ai connu un payfan qui par une

aifance dans fon état & dans fon fort,

quitta le labourage & la culture de

fon bien , qu'il remit à fes enfans.,

grands , bienfaits & vigoureux ; lui pour leur donner force & courage

buvoit tout le long du jour du vin.

blanc violent & généreux , tel qu’eft

celui de Bearn: il contraéta la pierre:

& la Goutte.

Il étoit convaincu de bonne foi que cette gomme attachée à fon pot de

chambre étoit la caufe de fa douleur. Faites-moi fortir, me difoit-il, mon cher Monfieur, ces maudites glaires

de la veflie quime pincent fi cruelle-

ment; faites-moi cefler auf la dou-

leur que j'ai au bout de la verge, &

je ferai guéri: vôtre défunt pere n’y

auroit point manqué, il étoit fort de

mes amis , &c.

Mais le pauvre Patient étoit bien éloigné de fon compte ; puifque cette gomme dupot de chambre, bien loin d’être la caufe de fon mal, n’en étoit que l'effet ; p'us il en rendoit, plus:il fouffroit ; puifque la veflie dépoüillée de fon bouclier , pour ainfi dire , fe trouvoit toute nuëé, expofée à lime preflion des fels de Purine, Fa

=

SURALA PAERRE : e

J'ai vû pareillement très - fouvent dans les diflenteries, que ces muco-

fitez que l’on rend avec quelque tein-

ture de fang , étoient reputées par

les malades la caufe de leur mal, & :

qu'ils fe félicitoient après quelque ca- _pieufe felle où 1ls en avoient rendu beaucoup, comptant d’'épuifer ce ma- gazin d’ordure & de corruption qu'ils regardoient comme Îa caufe de leur mal, tandis que ce n’étoit que Îles

vives contractions des inteftins irri-

tez par Île renverfement de la matiere fabine perfpirable qui fe portoit fur les boyaux, & qui dépoiilloient par leurs compreffions redoublées & fans relâche leur cavité interne de cette mucofité , que la nature y a placée pour les garantir de l’acrimonie de la bile, & pour rendre le paflage des ex- crémens glffant , coulant & facile. L'événement juitifie la verité du fait que je viens d’anoncer, puifque Je malade fouffre de plus en plus à

mefure que cette mucofité fe vuideen

abondance par les felles,

Hi n ae EX

: : LARREMART SRS TE BOND A STE EEE EN ET 7 APR

48 DissERTATIORNR Sixième Réflexion.

. Hyalieu de croire que les pierres engendrées dans d’autres cavités , font produites par les mêmes maté- reaux que celles du rein & de la veflie, & que la nature employe le même artifice pour la production des unes & desautres. UE

J’ajoûte que toutes les tumeurs. contre nature qui occupent differen- tes parties du corps, font produites de la même maniere, & qu'elles ne. different des pierres que parce que celles-ci font renfermées dans des cavités particulieres ; les autres font enchaflées dans les parties qu'elles occupent. |

Entrons dans un leger détail. Je ne ferois point embarraffé de rapor-. ter desobfervations tirées de divers Auteurs, qui établiffent qu’on atrou- vé des pierres dans toutes Îles cavi- tés du corps , où il fe trouve des glandes oui filtrent & des imphes mu- cilagineufes.

Dans la veficule du fiel Vezale nous dit en avoir trouvé de fort con-:

SORA FPTERRE 40. fiderables. Varandæus nous aflure en avoir trouvé deux ou trois fois, & il eft peu de praticiens curieux de faire ouvrir les cadavres, qui n’en ayent vû quelquefois. Or la veficule du fiel eft enduite dans fa tunique interne, comme l'ont obfervé ( z) : Varrehein & Malpighi, d’une croute mucilagineufe pour la défendre con- tre l’acrimonie de la bile ; & on ne peut point douter que par une fa- lure abondante , cette mucofité ne puifle être fixée & durcie pour en for- mer des pierres. : On en trouva une il y a quelques années d’une groffeur affez confide- rable, dans la veficule du fiel de la femme d’un Gentilhomme de cette Province ; & celui qui fit l’ouverture * m'a afluré que cette pierre deffeichée brülait à la chandelle prefque comme de la cire d'Efpagne: cette facilité à _s’enflamer prouve que le mucilage fulphureux y abonde comme nous Pavons dit ailleurs.”

(a) Haec tunica contra Malpighius.Varreheïn, trac- bilis acrimonian chducitur | tatu 20. cap. 17. de hepate: _ crufla mucofa > in qua glan- | ejufque annexis, pag. 93. dulas quamplurimas. nitat i

Hipp. liv. 3. Epid. N. ra °.

60 DiIssERATATION

Varandæus que nous avons déia cité dans le chapitre 10. de affeébi- bus renum © vefice, fol. 423.rappor- te divers Auteurs, dont les uns ont vürejetter des pierres de la poitrine, d’autres de l’effomach par le vo- miflement ; d’autres par les inteftins ;. même en grande quantité pendant près de deux mois, dont quelqu’une égalloit la groffeur d’un œuf.

Hipp. ce fidéle obfervateur dont on ne peut fufpeéter Îa bonne foi , rapporte une obfervation que j'ai crû ne devoir point omettre , je l’a tra- duite mot à mot. « Dansla Ville de » Lariffe,la fervante du nommé Dize- » ris fentoit de très-vives douleurs » lorfqu’elle exerçoit l’aéte venerien, » mais autrement elle ne fentoit point . » de mal, & elle ne porta jamais d’en- : » fant. Parvenue à lâgede 60. ans, » elle reffentit vers l’heure de midy de » grandes douleurs comme fi elle » alloit accoucher : elle avoit man- »#gé beaucoup de porreaux avant » midi le jour que les douleurs la pri- » rent. Ayant eu une tranchée plus : » violente que toutes celles qui l’a- » voient precedée ; elle fe leve, &

SUR LA PTERARE. 6! ayant porté lamain à fes parties, elle + trouve quelque chofe de dur & de + rabotteux dans lorificeinterne de la » matrice: étant après tombée en fyn- » cope, une autre femmelui mit la » main dans le vagin, & en tira un » calcul rabotteux qui reflembloit » prefque au pefon d’un fufeau.

_ Toutes ces cavités ont des glan- dres qui filtrent & fourniflent des mucilages ; la falure des humeurs & du fang les a fixées, durcies, & en a formé des pierres , mais elles font _ beaucoup plus fréquentes dans le rein & dans la veflie, parce que les deux “principes de leur formation s’y trou- vent en abondance ; le mucilage y étoit néceflaire & en quantité , la fa- lure des urines étoit inévitable , & lorfqu’elle eft redoublée par les cau- fes que nous avons citées , la pierre fe forme.

_ Sinous faifons réflexion au carac- tere des humeurs contre nature qui fe forment peu à peu & par congef- tion, nous verrons qu’elles font ana- logues à la formation du calcul puif- qu’en general elles font caufées par des mucilages fixez par des fcls.

Ettmuller:, F3S. 651.

62 DiIsSsERTATION

Ettmuller dans fon livre intitulé Chirurgia medica, les fait naître pat une obfiruétion caufée par une ma- ticre gluante & mucilagineufe con- denfée par le froid, ou coagulée par des acides : Propter obffruclionem à materia vifcida | muciloginosave efficiente frigore, inprimis infpiflata , ant ab acido coagulata. |

Monfieur Didier dans fon traité des humeurs contre nature, paroit être de même avis pag. 77. chap. s. » Les humeurs s’épaififfent par leur >» féjour dans Jes glandes du col, des » aiffelles, des aines, du mefentere ; » là graifle s'épaiflit auffi dans les » conduits graiffeux de la peau, lorf- » que le fang fe trouve furchargé de » parties étrangéres , capables de » s'arrêter dans les plus petits con- » duits limphatiques. »

Mais defcendons un peu dans un détail des differentes efpeces de ces tumeurs.

Les nodus , les tumeurs tophacées

qui fe forment dans les articles des

vieux goutteux, ne font autre chofe que la limphe mucilagineufe des ar- ticles, qu’on apelle finovie, coagulée

SUR; LA PIERRE. 63 par les fels de la perfpiration, comme nous Pavons dit ailleurs.

:Qu'eft-ce que l’Anchilofs ? Une tumeur formée par la féve qui arro- fe les tendons & les articles, & qui

fe corporifie parles fels étrangers .

dont les humeurs font furchargées.

Les écroüelles font des glandes tumefñées & durcies, parce que la lmphe qu doit y circuler a été fixée -& condenfée par des fels étrangers.

Nous pouvons porter le même ju- gément des tumeurs du foye, de la tatte , du pancreas, du mefente- M Ce LE

Concluons donc que les humeurs |

contre nature ne différent de la pier- re, que parce que celle-c1 eft renfer- née dans des cavités particulieres, au lieu que Îes autres font enchaflées dans les parties qu’elles occupent; mais elles font les unes & Îles autres formées dela même pâte , & recon- noifflent le même principe de leur production,

De là nous pouvons efperer avec confiance que fi nous fommes aflez heureux pour pofleder un reméde efficace, fouverain, viétorieux pour

Hip. lib. Ée Arte.

64 DissERTATION fondre & difloudre les tumeurs, fans employer ni le fer ni le feu, nous pouvons hardiment nous en fervir pour diffoudre la pierre, puifque l’a- nalogie eft un des moyens adoptez dans la médecine pour découvrir les remédes propres aux maux, & que Hippocrate nous exhorte d’y avoir recours : /n medicina via inventa eff, relique deinceps invenientur , fr quis probe comparatus ex inventorum co- gnitione ad aliorum invefligationem ferarur.

Nous portérons cette idée plus loin dans le quatriéme chapitre de cetté Diflertation.

Septième Réflexion.

Nous finirons ces réflexions & ce chapitre par les autorités d’Hippo- crate & de Gallien ; qui femblent confirmer l’idée que nous venons d’é- tablir fur la caufe de la formation du calcul. Commençons par celle d'Hip- pocrate.

* Bien que cet Auteur refpe&table femble varier fur la caufe materielle du calcul ; néanmoins dans l’excel-

lent

SUR LA PIERRE 6 lent livre qu'il nous a laiffé des ma- ladies internes, ( duquel Sydenham parle en cestermes, 7» praffantsffimo illo quem edidir de internis affettioni- bus libro, ) 1 détermine la matiere du calcul, & nous dit qu'il eft for- mé de la pituite qui fe durcit & fe convertit en matieres tophacéés: Hic morbus ex pituita oritur, cum came ren in fe recepram non amplins dimit-

tit, fed illic in tophum indurecit, fiuntque calculs parvi, : Nous avons dit ailleurs que la fi- _tuation orizontale que gardent d’or- dinaire les Goutteux ; par exemple. les parefleux oififs qui contrac- tent la pierre, qui font le plus fou- vent couchez fur le dos & fur les reins , donne lieu à ce mucilage , & qu'Hippocrate appelle pituite, de fe durcir , lorfque la falure abon- de dans l’urine , par raport au plus long féjour que cette fituation occa- fionne ; mais lorfque l’on garde la fituation perpendiculaire, & qu’on fe donne du mouvement, ces fleg- mes defcendent par leur propre poids, & leur concretion eft plus difficile. Gallien ce beau genie de fon fié-

66: :DISSERTATION

cle, ( qui a un peu terni la gloire- de fes ouvrages par les loüanges con- tinuclles qu'il fe donne lui-même, } établit dans fon commentaire fur le- fixiéme liv. des Epid. que la caufe- materielle du calcul eft une humeur

crafle, gluante & vifaueufe, que les: alimens de même caraëtere font pro-

pres à engendrer la pierre: & quoi= qu'il n'indique pas cette gomme mus- cilagineufe, hôteffe naturelle de la. cavité des reins & de la veffie 3 ik nous fufit qu'il convienne de la na-. ture de la principale matiere de la. pierre, pour établir Pefficacité du re-- méde que nous devons propofer.

Il femble que les anciens (4) Mé-. decins par linfpeëtion feule & par le: tac du calcul , ayent connu que ce: corps étoit compofé d’un flegme mu-- cilagineux & vifqueux qu'ils appel- lent pituite.

Nous avons un peu étendu ce cha- pitre, parce qu'il étoit important de: connoitre au vrai la compofition du:

(a )Effigitur caleulusglu- |'eam calculi molem affrgiés: nitoft CO craih bumoris ceag- ut intolerabile [it ponans suentatio lapidofa ... in ve-|'ueficas Durct, fol, 3592. Lfisacorticatim crefeit; in f:

| SUR LA PrÉRRE. © calcul pour en trouver le diffolvant , & qu'il doit fervir de preuve à la convenance du reméde que je dois propofer dans le quatriéme chapitre de cette differtation pour difloudre ce même calcul.

Je me flatte que dès-lors qu’on conviendra que le calcul dans les reins & dans la veflie, n’eft qu’un pe- loton de mucilages Fe par lafalure redoublée des urines ; perfonne ne pourra me contefler Pefficacité de mon reméde:, pour difloudre ces glai- res mucilagineufes qui entravent les fels, & pour délayer ces mêmes fels, . qui à leur tour fixent les mucilages , rendre le tout fluide , & propre à for- tir avec les urines, & détruire par confequent ce corps qui fait tant de peine à la nature, & que Meniot dans fon livre de Zyrhiofs appelle Anxi- ferum Corpus.

ES

68 DIssERTATION

BH REG REED SErs CHAPITRE TROISIEME.

Des fignes qui établifflent Pexiflence du calcul, foit dans les reins , foit dans la veflie, ©" des fignes diffinétifs qui les difinguent a'au- tres maux avec lefquels ils ont

quelque reflemblance.

À connoiffance des fignes eff

d’une très-grande importance au Médecin ; c’eft par leur moyen qu'il connoit les maladies, & quil fe met en état de les guérir. 57 fuffe= ceris Medicus ad cognofcendum ; [uf- ficiet © ad curandum.

Riviere dans fon livre de la Se- meïotique page $2. nous fait voir là neceflité de la doétrine des fignes, foit pour connoître les maladies, foit pour en prédire les événemens. INeceffaria ergo eff fignorurm dottrina ,, que fummum illud nobis confert bene- fcium, ut prefénies corporis difpoli- tiones cognofcere, © futuros earumk evenins pradicere valeamus.

sum pa PrrrRe c>

Les Médecins définiffent le figne, Quod fenfibus obvium aliquid, alindin corpore latens fignificat.

Nous avons donc befoin de con- noitre les fignes pour fçavoir ce qui fe pafle au dedans de nous ; car comme :l ne nous eft point permis d'ouvrir & d'examiner à découvert fes vifceres pour chercher la caufe du mal, nous fommes obligez d’a- voir recours & de nous en tenir à des fignes qu’une longue experience a découverts & établis, pour nous faire connoitre par leur moyen ce que nous ne pouvons examiner de plus près & par nos yeux.

Il eût été utile & profitable à la: médecine que les Médecins des fié- cles paffez , euflent travaillé à enri- chir la doëtrine des fi fignes. Trinam ,. { dit Baghivius ) banc fignorum pro- vinciam quovis faculo nonnulli ex me-- dicis locupletare renraflent; certé me. dendi ars à mulris retro feculis per- venifer ad flatum , faltem quantunr paritur mortalinm Sete

Car enfin nous n'avons pas lefprit de prophétie; Nemo fcientia intnirivä. graditus eff. Syd, Nous ne pouvons:

Oo DissSERTATION donc deviner la nature des maladies: & leurs caufes qu’à la faveur des: fignes ; ni par conféquent y aporter: aucun reméde fi nous ne les connoif-- fons pas. Zgnori mrorbi nulla cnratio.. Je compare les fignes à des efpions: & des fentinelles fidelles que la na-- ture a établis , pour nous avertir de ce: qui fe pafle dans l'interieur du corps. Cette doétrine des fignes faifoit: autre fois la principale theorie des: anciens, Bagl. n. 1. pag. 169. dans: - fon chapitre des fignes desmeladies, nous propofe pour fondement de la guerifon ,; de connoitre les ma- ladies , & la diftintion que lon doit faire des unes avec les autres. » Les premiers principes des maladies: » font couverts par les voiles d’une: » nuit profonde, &nous ne parvien- » drons jamais à les guerir , fi une » parfaite connoifflance qu'on ac- w quiert par les fignes ne porte le: » flambeau devant nous. De con- » noître & de prédire le calcul dans » la veflie, n’eft-ce pas quelque chofe » de glorieux qui tourne à Putilité & » à la réputation du Médecin ? » I nous dit aufli dans le même:

| SUMÉEX PIERRE "y chapitré n. 11. que parmi les Grecs: { après Hippocrate ) celui qui a le. plus enrichi la médecine eft Cæ- hus Aurelianus. » El a fait, dit-il, un: fi grand cas des fignes & de leur + neceflité pour la guérifon des ma- » Jades ;. qu'il femble ne s’être oc- » cupé qu'à découvrir Îles fignes &. » les circonftances des maladies qui » pouvoient les diftinguer les unes » d'avec les autres : c’éft en cela qu'il excelle par deffus les Grecs » & les Latins , du confentement des: » gens fçavans ; car fi vous exami- # nez bien fes ouvrages, ce n'eft > qu'unc pepiniere de fignes qui » vous conduifent à la connoiflan- » ce des maladies : examinez fes ti- » tres, vous verrez qu'il ne s’atta- » che qu'a décrire exaétement les: » fignes du mal qu'il traite ; durefte >» iln’endit pas un mot. « Pas un Au- teur, après Hippocrate; n’a tra- fyaillé de cette maniere ; fi vous: en exceptez Sydenham, qui fem- ble avoir pris Cælius Aurelianus pour: modéle ... on peut aufli én excep- ter Lomnius.

Syd. que nous venons de citer ».

8

m2 DissERTATION

nous avertit dans fa préface qu'il » faut obferver tous les fignes & » tous les phénoménes grands & pe- » tits avec une fcrupuleufe circonf- » pection. ZÆAforborum phenomena ; » quantumis Mminuta ,per [e accura- » tiffime annotentur. Syd, in prafat. » que lutilité de cette exacte réla= # tion pour la pratique, furpafle in- » finiment l’eftime & la valeur des. » fubtilitez dont les livres des mo- » dernes fontremplis, & qu’elles ne » peuvent en aucune maniere lui être » comparées. Cwjus hifforiæ uti- litas ad praxim, omnem affimatio= nem excedir , ac pre qua fubriles difquifitiones © arguriola quibus neothericorum libri ad naufeam feré: infercinntur, nullo in numero [une habende, »

« Il ajoûte que Îles plus petits: » fignes , les moindres circonftances- » des maladies peuvent fournir des » indications certaines au Médecins, » qu'il lui eft fouvent venu dans l'ef- » prit que sil connoifloit à fonds » l’hiftoire exaéte d’une maladie, »il ne manqueroit jamais de Îa >» guÉr Ie. »

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FO set PiRARDEr . Dans la préface de fon proceflus » integri, nous hfons. « Pourveu » que vous connoiffés les maladies » par les fignes & les fympthomes, » lesrtemédes qu'ilconvient d'y apor- æ ter, vous ferez un très - heureux » praticien , fans vous embarrafier fi s C’eft Pacide qui peche ou l’Alkah, >» fic’eft dans le fang, fi c’eft dans » les efprits, ou dans quelque vifce- » re que foit nichée le caufe du mal, Le même Sydenham a obfervé que ces grands phyfiologiftes font pour Fordinaire d'afflez médiocres prati- ciens.prafat. de podagra.

On voit très-fouvent par lexpe- rience , l’obfervation de Sydenham verifiée ; ces grands parleurs, phy- fiologiftes éloquens, remplis d’hypo- théfes ingenieufes , fe trouvent le plus fouvent embarraflez au chevet du lit d'un malade, dont le vifage les étonne, Cum ad agros venerint ; putant [e velur in alinm rerrarum or- bem efle delaros. Cela vient, fuivant Baglivi, de ce qu'enchantés de leurs idées & de leurs nobles expreflions pour les faire comprendre, ils negli-

)

DissERTATION gent le travail rude & penible de Pobfervation & de la recherche des

Bagl. lib.2, à LR fignes. Praclara quaque ingemie à doctis Geruditis illis fabulis quai

delinita ad craffiorem defcendere mi- nervam ; non folum pigeat, fed etiam

pudear.

Ne pourroit-on pas croire aufli que la nature chez eux a fait fa prin- cipale dépenfe en imagination & en mémoire , & qu’elle les a mal parta- gés du côté du Jugement , de la ré- flexion , de la méattation & de la prudence , qui doivent être les par- ties effentielles du Médecin, pour obferver & connoître les fignes par lefquels nous parvenons à la con- noïffance des maladies. LACCErri= mum judicinm , fons eff © caput bene medendi ; atque ex mulris que ad 0p- rimum medicum conflitnendum requi- puntur, fummum ef prudens anim

“ fenfus ; qui veluts gredam eff brevis

compendiaria Via; qha difcimus G* reclé atque acriter de medicina ji- dicare , atque in morbis gravibus implicitis pauca quidem ; fed rempef- tiva remedia adhibere .. . quare ni- bil medico eff bona mente optabilins s

at

P'osmR EL PIERRE. eum qua verum à fallo diflinguere nofcat , fine qua aut omnind defleëtet à Jigno, ant illud non nifi fere per la- bores © fludia attinger. Huartius dans fon examen des Efprits, fait mention d’un célébre Médecin Efpagnol qui n’avoit point fon pareil lorfqu’il étoit queftion de difputer , d’agiter une queftion, de diftinguer , de divifer de conclure: 1l avoit le don de Ja parole fi élo- quent , que ceux qui l’entendoient parler le croyoient capable non-feu- lement de guérir les maladies, maïs même de reflufciter les morts : mais lorfqu’il vouloit fe mêler de la pra- tique, il avoit la main fi malheureufe que tous fes malades perifloient, ou î les précipitoit dans des maladies incurables. | | | Une éloquence mäle & fleurie fert beaucoup à un Orateur , qui peut Ipar fon difcours & fon art féduire | & captiver l’efprit de fon Auditeur ; [il n’en eft pas de même d’un Mé- Idécin , la nature eft fourde à tous les beaux difcours ; fes régles font tétablies par fon Créateur , elles font limmuables & conftantes ; ce font | G ii

m6 DissERTATION

des ordres pour elle qu’elle ne peut.

point changer : point de difcours

Bagl. 1. 2, prax. Med.

qui la fafle fléchir ou qui puiffe la perfuader , elle va toûjours {on train, & fi le Médecin ne penétre fes mifté- res ,il ne réuffira jamais à la foulager:: or il ne peut acquerir cette con- noiffance que parie moyen des fignes. Doitores Medici opera invenienda, non argumenta ; indicationes ROVOTHH? 0PE- rum, non rationes probabiles! ratio- cinia veflra fapecozunt Ô capiunt 1n- relleËlum , res v6r0 naturam non al- JIOÇUNE

. L'ouvrage qui a fait le plus d'hon- neur à Lomnus, ce célébre Méde- cin de Bruxelles qui vivoitil y a plus d’un fiécle, eft fans doute fon tableau des maladies, comme ledit: Monfieur Lebrethon, Médecin de la Faculté de Paris, qui a bien voulu le traduir. & le commenter ; & quoi:

ue ce livre ne parle ni de la caufe _ mal, ni des remédes, onne peut, en contefter la grande utilité. C’eft à cet Auteur qu'on peut adopter le paffage de Bagl. Omnes nubes brevi diluentur, ft in folerriffimum autorem inciderint, qui vera morborum (iin&

SUR DA PETRRE. 77 ‘diagnofica , five diagnofim facilem morborum difficilinm logo ufu didi- cerit , © candide lecenribus propofue- rit. | _ Nous nous attacherons donc a ra- porter dans ce chapitre tous les fi- gnes de la pierre, foit dans Îe rein, foit dans la veflie ; noùs n’en omet- trons aucun, ®& fur tout nous aurons grande attention à propofer les fixnes qui diftinguent les fympthomes de la pierre, d'avec ceux d’autres maladies - qui peuvent y avoir quelque reffem- blance, pour éviter Pécuéil qu’Elip- . pocrate marque dans fesEpidemiques: Similitudines in morbis frequenter im- ponunt, © dijiculrates pariunt opti- mis etiam Medicis. Hipp. 1, 6. de morbis vuls. fect. 7. n. 49. Ecuëil qui n’eft que trop frequent en mé- decine, puifque Sydenham le re- garde comme unc ratfon qui en a te- tardé le progrès. : Horum: curationes hodie non defideraremns , n'fi unius - fpeciei morbus pro alio diverfe fpeciei fubllitnsus fefellifer. Ecuëil enfin dans lequel Gallien eft tombé lui- même, comme nous le ferons voir

dans fon lieu. G 1j

2 ati)

78 DiISSERTATrION

Pour détailler les fignes de la pierre avec ordre & avec méthode ,, nous les diviferons en trois articles 5; dans le premier nous propoferons cer-- tains fignes communs à la pierre du: rein & de la vefhe.

Dans le fecond nous détaillerons: les fignes de la pierre du rein, &: nous obferveronsavec attention ceux: qui les diftinguent d’autres maux: qui peuvent y avoir quelque reflem-- blance. |

Dans le troifiéme enfin nous ra-. conterons les fignes de Pexiftence: de la pierre dans la veflie avec la: même fcrupuleufe attention de dif-:

-tinguer ceux qui pourroient donner:

‘le change.

ARTICLE PREMIER Des fignes communs à la pierre du rein © de la veflie.

Premier figne. La premicre & principale attention que j'ai lorfque: jexamine un malade foupçonné de la pierre, eft de l'interroger s'il eft né de parens pierreux,

SURILA FTERRE : #9 1 eft certain que cette maladie eft dans le catalogue deshéréditaires, tout comme la Goutte, la Phüfe, PEpipelfie , d’étre chauve , d’être boiteux , &c. & quoique ce ne fait point ici le lieu de rendre rafon pourquoi les maladies fe traduifent par heritage des peres aux enfans., nous obferverons pourtant en point de fait que l'experience nous fait * voir très-fouvent, que les peres at-

teints de ces fortes de maladies en- gendrent des enfans qui leur fucce- : _ dent dans leurs maux conime dans

leurs biens. Hipp. lavoit obfervé

avant nous ; il nous dit que les chau-

ves engendrent des chauves , Ks

boiteux des boïiteux, &c. Semen enim

genitale ex omnibus Cor poris partibas Hipp. fe, 3= Provenit,à [anis quideu fanum, à mor- A bo/is morbofum : fi igitur ex caluis

Calvi gignantur , ex cafiis cefii ,

ex difiortis ut plurimum diflorti ; cademque in cateris formis valet ra-

#10,

On ne peut difconvenir qu’on ne voye tous les jours par l'expérience & très-fouvent , que les Goutteux ; les Pierreux , les Chauves, les Epi-

: Giv

80 DissERTATION

Jeptiques , les Boiteux , les Phti-

fiques, & ceux qui font d’une cou- leur de vert de mer, qu’Hippocrate appelle C'afii ,ne tiennent de leurs peres fur ces points,

Je conviens que ce n’eft pas un figne qui foit certain & univoque puifque nous voyons, & il eft mé- me befoin qu'il fe trouve des en- fans exemts des maladies de leurs :

eres ; une bonne nowrrice change , re

fouvent dans un enfant ces fortes de difpofitions ; l'enfant devenu

plus grand peut par fon genre de

vie, fon éducation, fes exercices , contribuer bcabeoans à les corriger, fur tout lorfqu'il vient d'une mere faine & robufte : Principium mor bo- Juin poref} emendari à principio fano: & les enfans retiennent plus de la mere que du pere , puifqu'elle a plus de part à la generation que lui ; &

__'igeft par cette raifon fuivant Def-

poifles, célébre Jurifconfulte, qu’on

‘appelle le mariage Afarrimonium ,

& non pas Patrimonium.

Mais bien que ce figne foit équi- voque & incertain ; neanmoins il reçoit une nouvelle force , lorfqu'il

_SsUuR LA PIERRE. 8r @ft joint avec d’autres que nous éta- blirons bientôt , & fortifie alors la preuve de lPexiflence de la pierre. Second figne. J'exanine en fecond lieu le régime de vie du malade : fi ceft un crapuleux , un luxurieux & un débauché de profefhon , bu- vant quantité de vin & de liqueurs fpiritueufes, mangeant à toute (4). heure , d’une parefle outrée , couché le plus fouvent fur fon dos nuit & jour, ou bien fi c’eft un homme de

(a) Jaitotjoursété per- fuadé que les enfans étoient fuietsa la pierre pour deux raifons ; la premiere parce qu’ils mangent à toute heu- re. Nous avons fait voir dans la diflértation fur la Gsuitte, que fa perfpira- tion lanomfloi & étoit comme fufpendué pendant quatre heures après le repas, fi on redouble dans les en- fans repas fur repas , fans donner loifir à la perfpira- tion derétablir fon torrent, quelque ouverte que foit leur peau , la perfpiraticn ft fnfpenduë, & fa maie- re refoule dans les voyes de l’urire, &c. l'a fecon- deraifon et le long féjour que les urines font dans la vefe des enfans pendant la | longueur de leurfommeil , ce qui donne occafion aux urines retenuês long-tems,

de fixer le mucilage de fa veflie : auf Duretreccm-. mande d’éveiller la nuit Les enfans pour leur faire ren-' dre leursurines, & ‘espét- fonnes qui les gouverrent ne doivent jamais oublier deles faire pifier avant de

- lesmetire au lit, cet un

moyen très - efficace, tout

fimple qu'il eft, pour Îes

garantir des pierres. de la veffe : pour celle du rein

: les er fans ne la ccrnoifieat:

point ; fed in puerili «tate calcul canfa eff > copia bn moris craft ab ecacitates ip

| faque nrina crafla que diu-

bis in vefcaimbeciliore fnb-

Jiffit ; preptereaqie veile cor=

félunt qui pueros de noûlu excitant ad meiendum in ffque ut fortiter smeiant bertantar. Duretus in coz- cas Hippccratis, pag. 359

ES

82 DrssERTATIOoN cabinet , forçant fans cefle Pefpnr par l'excès de fes méditations : en w

mot, que par les mêmes caufes qu

procurent la Goutte, la perfpiræ tion ait été ou fuprimée ou confi derablement diminuée, alors je foup) çonne la pierre & les autres figne: qui annoncent, reçoivent une now velle force & une nouvelle évi dence. | Troifiéme figne. C'eft une ardeur; un feu dans les urines qui a pre- cédé tous les fignes, foit univoques; foit équivoques. J'ai vû ces ardeurs d'urine être le prélude de la pierre 3 jufques-là que les malades croyoient: avoir la gonnorrhée, pour peu qu'ils: fe fuffent cxpolez à la prendre 3. cette cuiflon n’étoit pourtant que: l’effet d’une falure redoublée dans: Purine qui devoit bientôt operer fon effet dans les reins ou dans la veflie, dont elle coaguloit & fixoitle mu- cilage. |

Un de mes amis fe trouva dans le cas, il craignoit fort une gonnor-

rhée qu'il avoit meritée , encore plus. ‘les reproches de fa femme ; je lui

fs obferver que cette cuiffon n'étoit

SURLA PIERRE, 87 “point fuivie de cet écoulement pu- riforme vert ou verdâtre, qui dans les gonnorhées tache les chemifes de la même couleur, & je la gueris par _Pufage du lait que je lui fis prendre pour toute nourtiture pendant cinq jours ; mais revenant à fon premier régime de vivre , 1l fut bientôt tour- menté de la nephrétique.

Cette ardeur dans les urines eft un Âigne qui ne manque jamais de pré- Juder Îles pierres , foit dans le rein, foit dans la veflie, J’en appelle à tous ceux qui en font atteints, fi avant les autres fignes ils n’ont pas éprouvé ces ardeurs dans les urines, & fi dans la fuite ils n’ont point vü éclorre d’autres fignes plus par- ans , comme des coliques nephré- tiques, des fupreflions d’urine, dou- leur au bout de la verge , &c.

Quatrième figne. J’examine en qua- triéme lieu fi le malade eft fujet a la Goutte de longue main, & fi avant les fympthomes qui le fatiguent du côté des reins ou de la veflie, il n’a point été pris de quelque longue attaque de Goutte qui lait forcé à. garder long-tems le it. Ces cas

84 DrssERTATION forment un foupçon bien légitime ;. qui fortifie beaucoup la preuve des. éclatrciffemens que fourniffent les autres fignes.

Nous avons fait voir ci-deflus La proche parenté de la Goutte avec la pierre ; que ces deux maladies comme deux fœurs germaines re- connoiffoient le même principe de leur produ“ion , & que très-fouvent elles étoient compliquées. ù

Il faut pourtant obferver que l'on voit bien de pierreux qui n’ont ja- mais eu la Goutte ; mais il eft rare de voir des goutteux anciens qui ne foient fujets à la pierre du rein ou de la veflie,

La raifon de cette diverfité dé- pend de ce que la matiere de la perfpiration s'étant frayée une route par les reins & par la veflie , elle s’y porte volontiers , puifqu’elle y trouve moins de réfiftance , attendu que leurs canaux excretoires font toûjours ouverts. Ïl n’en eft pas dé .mèême dans la Goutte ; les attaques sedoublées bouchent les tuyaux ex- cretoires qui la portoïent dans les

S

| SUR LA PIERRE, 8 articles , ils’ y forme des matieres to- phacées , alors elle prend la route des urines où elle trouve moins de réfiftance > & y forme des pierres -dc la maniere que nous l'avons Ex

ne ARTICLE SECOND.

Des fignes de la pierre du rein, © _ de ceux quila diffinguent des au- tres max avec lefquels elle peut

* avoir quelque reffemblance.

Premier figne. C’eft une douleur fixe, pefante , obtufe, &. point ai- guë dans la région où le rein eft fitué ; cette douleur demeure dans cet Etat tout autant que la pierre ne s'engage pas dans les uréteres.

Le premier figne fe trouve étabh par Sydenham de miltn Jangu: neo à calculo renibus impatto. « L’an, dit-il, » ie Ja Goutte m'attaqua, l’accès » fut plus cruel & plus long que tous » Ceux qui l'avoient precedé, je fus » obligé de refler deux mois entiers » couché fur unit mollet, & cela

86 DIssERTATION » dans l’Eté ; vers la fin de l’attaque. » je fentis une douleur fourde & + obtufe , principalement dans lerein » gauche, & quelquefois quoique ra- » rement dans le droit. Après que » je fus convalefcent de la Goutte, » cette douleur des reins me refta, » elle fe faifoitreflentir par intervales » quoique fuportable & non aiguë:je »n’avois pas encore eu un feul accès » de colique néphrétique ( dont les » principaux fignes font une douleur » énorme qui s'étend des reinslelong » des uréteres jufqu’à la vefhie avec un grand vomiflement.) Quoique » je n’eufle pas ces deux fignes , jene » Jaffai pas de juger avec raifon » que j'avois quelque grande pierre » dans le baflinet du rein, dont la » groffeur empêéchoit la defcente par » le conduit des uréteres ; c’eft la » raifon qui me garantifloit des deux » fympthomes énoncés. Je trouvai » certainement plufieurs années après » que je ne n’étois point trompé dans » mon idée , car l’an 1676. &c. » Le fecond figne. Eft une douleur vive & poignante que le malade ref- fent dansle rein, & qui s'étend tout

SUR LA PIERRE. 87 le long des uréteres jufqu’à la vefñie : cette douleur eft excitée par le cal- cul qui s’eft engagé dans le canal de lurétere, & qui ne ceile jamais de tourmenter le malade , que lorfque le calcul eft defcendu dans la veflie, jou qu’il eft retourné dans le baflinet Idu rein , c’eft-à-dire dans la tête de lPurétere , qui, comme nous l'avons dit , forme dans l’homme le baflinet du rein. Ain fun. Cette douleur eft fi vive qu’elle furpafle toute patience humaine. J’aioüi dire à des femmes qui avoient porté des enfans, & qui avoient auf été tourmentées de la nephréti- que, qu’elles aimeroïent mieux ac- coucher d’un enfant que d’une pierre du rein ; Cardan en a dit autant.

Le troifiéme figne, Eft Vurine fan- œuinolente ; il eft aflez aifé de con- cevoir qu'un calcul qui fe détache & qui s'engage dans les uréteres , peut par fon attrition entrouvrir quelque veine qui fournit un peu de fang , & qui teint les urines en rouge.

Ce figne n’eft pas conflant &ine féparable de la néphrétique , puifque

88 DissERTATION fouvent il dépend d’autre caufe que: de la néphrétique , comme ( a } Hippocrate l’a obfervé ; mais lorf- qu'il fe trouve joint avec les autres: fignes de la néphrétique:il fait preuve, & c'eft un des principaux qui diftin— gue, lorfqu’il fe rencontre, la néphré-- tique d’avec la colique, comme nouss le dirons bientôt,

Dans la pierre du rein, rien ne: contribue tant à faire éclore ce fymp-- thome, c’eft-à-dire lexcretion du fang avec les urines , que l'exercice à cheval , la grande promenade ;, les exercices violens qui venant à fecoüer un calcul inégal, anguleux , peuvent aïfément lui faire entrouvrir: quelque petite veine. |

Sydenham nous dit, parlant de: lui-même, qu’il a obfervé la verité de ce fait: « Lorfque je m'étois beau- » coup promené & long tems, je » rendois de l’urine mêlée avec le

(a) Hipp. Aph. 74 [elfe fignificat. dem aph. L 4 Sifenguis autpus cum | 77. À 4. fi quis fangui- wriina vrAGitur venum ant | nem © pus © [qsamulas “uefice cxulceratio fignifica- | cum urinafundat,gravifque ture Qi fponte [anguinem | odor adfityvefice exulcera- cum wrir1 effundant iis in | tionem fignificat. Idem renibus venulam ruptam V aph. 80. libr. 4.

fang,

SUR LA PIERRE 489! _» fang, ou que je faifois beaucoup » de chemin à pied, où que j'allois » en carofle fur le pavé, quoique les » chevaux nefuffent qu’ au petit pas » Syd. de mitlu fang. à cal. ren. im- pailo.

Qyratriés me figne. Si le malade a _ été autrefois tourmenté de la néphré- tique, & qu'il ait rendu quelque calcul pour petit qu'il foit , qu après .Pavoir rendu il ait été guéri , sil vient à être tourmenté de pareilles douleurs , pour peu que vous trou- _viez quelqu’ autre des fignes quoi- que équivoques de ceux que nous “avons propolés , qui foit dela partie; foyez convainçus que c’eft une dou- leur néphrétique caufée par une nou- velle pierre qui s’eft engagée de nou- veau dans les uréteres, & que cette douleur eft de la même efpece , du même caraétére que celle dont il a été autrefois tourmenté.. Vous devez employer alors les mêmes remédes qui l'ont foulagé en pareil cas.

Dans ces fortes d’occafons jai recours à la faignée du bras pour pré- venir linflammation, que je réitere

_æ

oO DiIssERTATION fuivant l’âge & le temperament du malade; je le plonge enfuite dans le bain domeftique jufqu’au menton ‘que je réitere fouvent, aufh bien que les lavemens emolliens, ptizanne ano- dine, &c. pour relâcher la crifpature des uréteres, & faciliter par leur re-

lâchement la defcente du calcul. = Le bain domeftique eft le. plus puiflant de tous les remédes pour foulager la néphrétique, & pour fa- ciliter la defcente de la pierre, foit des uréteres dans la veflie .. foit de: la vefñie au dehors. -

J'ai été furpris que le fçavant Pra- ticien de Montpellier Riviere, 7°. ait voulu laiffer fouffrir le malade, & faire préluder deslavemens, des pur- gatifs , des fomentations, des lini-- mens , des. cataplafmes , &c. avant d’avoir recours au bain, qui eft pourtant , fuivant experience , le plus excellent remede pour la né- phrétique. 20. Qu'il ne confeille que le demi bain, qui ne peut jamais faire un fi grand bien que Île bam entier. 3°. Qu'il craigne qne les for- ces foient épuifées par un long ufage du bain, puifquil eft certain que

SUR LA PIERRE. 9x fa vivacité de la douleur les épuife bien plus quele bain, & qu'il con- vient lui-même que du moins tant que le malade y eft plongé il ne fouffre point, & que la douleur eft fufpenduë. |

Cinquième firne. L’engourdifle- ment de la cuifle du côté de la dou- leur qui fe réveille quand on fait la flexion de cette partie. Les reins font placez fur le mufcle p{oas dont Pufage eft de faire la flexion de la cuifle conjointement avec liliaque, & le pettineus, lorfqu’une pierre con- tenué dans la tête de l’uretere eft un. peu confiderable , elle comprime ce: mulcle & fait cet engourdiffement . qui ne fe trouve point lorfque les

‘pierres font petites: | »* Sixième figne La rétraion du tefticule du côté qui répond à la douleur , lequel monte jufque dans Paine où 1l femble qu'il foit attaché. Dans la douleur vive & violente des uréteres , toutes les parties qui. leur font anexées entrent dans une: efpece de convulfion qui fe commu- nique au cremafter ou fufpenfoir du teflicule ; cette même FA bn LIT

Eüpp: aph.

g2 DIsSSsERTATION. communique auffi fouvent au fphinc- ter de la veflie, & l'urine fe trouve fuprimée daas les néphrétiques af- freufes, tout autant que la violente douleur perfevere. Le fphinéter de Panus qui n’eft qu’une continuité du fphinéter de la veflie entre aufñ fou- vent en convulfion & fuprime les ex- crémens du ventre. | Riviere a obfervé que les purga- tifs que l’on donne dans le tems de

la douleur n’operent point. M y alieu P P: Ÿ

de croire que l'irritation du reméde ne peut être reflentie. de la nature, parce que pour lors elle eft occupée de la violence de la douleur qui tient

lame enticrement attentive à ce qui Paflige le plus. Ex duobus doloribus. fimul & eundem locum infeffantibus,:

vebementior alterum obfcurat.

Jai vû fouvent decider en con- fultation que lorfque les évacuations

par haut & par bas étoient indiquées on: augmentoit confiderablement la

doze des remédes:, pour éviter que. la douleur ne fupprimät lefet. d’une.

doze ordinaire.

Sertiéme fine. Les.envies de vo-. 14

mir & le vonrflement même qui fur-

SUR LA PIERRE .-93 vient très-fouvent dans les vives né- hrétiques, Les reins, la vefhe, Le uréteres reçoivent une membra- ne du peritoine, aufli bien que lef- tomac qui eft la premiere enveloppe de tous les vifceres ; d’ailleurs outre Jes nerfs de la paire vague , leflo- mac recoit des branches des plexus de lPabdomen formez par le trone intercoftal qui en fournit auffi aux reins , aux uréteres, à la veflie , &c, Cette membrane que Île peritoine fournit à tous ces vifceres du bas ventre, ces diftributions de linter- coftal qui fe tiennent toutes les unes aux autres , entretiennent cette fym- pathie , cette correfpondance des vifceres 3 ainfi les reins & les uréte- res ne fçauroient être confiderable- ment ébraniez fans que la fecouffe fe communique à leftomach , & que le vomiffement ne paroïfle , lequel fuivant Lomnius eft dans le com- mencement de la pituite, enfuite de la bile jaüne , & enfin de lé- rugineufe , après quoi les douleurs diminuent. _ Æuitiéme figue. Lommius a encore obfervé qu'au commencement de

g4 DIssERTATION

l'accès on rend quelque peu d'urine: cruë & claire, mais dans le fort de: la douleur elle eft entierement fu-

primée. Sitôt que la pierre eft defcen-. duë dans la veflie , l’urine vient abon-

damment , elle eft grofiere & char- gée de fables & de graviers quien-

trainent bientôt avec eux des petites:

pierres inégales , ou des éclats d’une plus groile pierre. Ces urines font

quelquefois pleines de bulles & fé- tides , elles caufent auffi des envies- froquentes de les rendre , & un ar- deur au col dela veflie. Cela dé:

pend de ce que dans le commence

ment de la douleur le fphinéter dela veflie, qui a commencé à entrer en

contraction , filtre l’urine qui ne paile qu'en petite quantité & claire; lorf-. qu'il eft tout à fait contraété l'urine eft fuprimée , quand la pierre eft

defcendue dans la veflie la douleur

ceffe , le fphinéter fe relâche, lu-

rine vient. pour lors en abondance, parce que les matieres qui avoient. éte retenués lorfque le fphinéter au. commencement de fa contraëtion ne laifloit pañler que Purine claire &en

petite quantité ; lorfqu'il eft relâché

SUR LA PIERRE 9 il laiffe couler les matieres groffieres. retenuëés auparavant > les malades: ont des frequentesenvies d’uriner, & une ardeur au col de Îla veflie.. cela dépend de la falure des urines ,. comme nous l’avons dit ailleurs.

Tous ces fignes joints enfemble , ou plufieurs d'eux, établffent une: diagnofe certaine de la pierre dans: le rein ; quoique j'avoue que chacun: d'eux prefque peut dépendre d’au- tres caufes lorfqu’il eft feul & feparé des autres: & pour éviter qu'onne prenne leehange & qu’on netraite une maladie pour une autre, comme je l'ai vû arriver , nous allons pro- pofer tout de fuite les fignes diftin- étifs qui nous font faire la difference de la pierre du rein d’avec d’autres. maux , dont les fympthomes peuvent lui reflembler.

En premier lieu, la colique in- teflinale a quelquefois tant de raport avec la néphrétique , que j'ai vû de très experimentez Médecinss’ytrom- per. Cette attache membraneufe qui he le boyau colon avec le rein a: quelquefois impofé,parce que la dou- cur du boyau qui fe communiqueit

" 96 DIssERTATEON au rein a fait croire que le rein étoïit en faute. Gallien même dans fom Hvre fecond de locis affeitis , nouss avouë s’y être trompé fur lur-mèême.. » Je me fouviens, dit-il, que je fuss » furpris d’une douleur très-violente;, » il me fembloit qu’on me perçoit les » dedans du ventre avec un villebre-- » quin ,; c'étoit dans lefpace qui » eft entre les reins & la veflie, pan » lequel nous fçavons que paffent less »uréteres. Jeme fis donner un lave: + ment avec de l’huilede rhuë;. & » comme je m'éforçois à le rendre. » je rendis avec Île lavement ( nom » fans une très-vive douleur ) une: » humeur vitrée qui reffembloit à dus » verre fondu. » En verité je croyois avoir une: » pierre arrêtée dans l’un des uréte- pres; mais cette humeur ayant été » évacuée , & la douleur étant cal- » mée , 11 parut clair comme le jour “que ce n'étoit pas une pierre # qui avoit fat le mal, qu'il ne » falloit chercher querelle ni aux reins » ni aux uréteres, & que les feulsin- * teftins, principalement les gros, » avoient fouffert, 4

SUR LA PIERRE 07 . Il eût été à fouhaiter que Gallien fe fût fouvenu de cet aveu fincere dans fon livre fuivant , qui eft letroi-" fiém® de locis affeëtis 3 1 fe feroit épargné le ridicule d’une loüange ou- trée qu'il fe donne lui même, & que le paflage que nous venons de citer dément. La voicr.

_» Pour moiréellement j’ai fait voir » foit en public, foit en particulier,

# à tousceux qui ont defiré aprendre » quelque feéte de moi, que dansla » fcience de toutes fortes de feétes » perfonne ne pouvoit m'être pre- » feré, pour n’en pas dire davantage. » Que fi je veux foûtenir quelque _» feéte en particulier, quoique fur le champ & fans préparation, je >» parlerai de maniere que qui que ce » foit aura bien de la peine de me » mettre au fac, car les raifons ne » me manqueront jamais. »

Pour diftinguer cette efpece de colique d’avec la néphrétique, nous obferverons 1°. Que dans celle-ci la douleur eft fixe dans le rein, & | s'étend le long des uréteres jufqu’au ] tefticule qu’elle fait remonter dans 1 Vaine, au lieu que la colique intefti-

% ES 4

983 DissERTATION nale eft vague, & qu'elle occupe comme une ceinture le milieu du ventre. 2°. Que la colique intefti- nale augmente d’abord qu'on a#pris des alimens, parce que leftomac rempli comprime l'inteftin colon qui entoure tout fon fonds, & qui eft le fiége le plus ordinaire de la co- lque inteftinale , au lieu que les ali- mens n’éfarouchent pas la néphré- tique , mais plütôt la foulagent. 30. Que les évacuations par haut & par bas foulagent pour l’ordinaire la colique inteftinale bien mieux que la néphrétique, 49. Que les urines au commencement de l'attaque né- phrétique font claires , au lieu que dans la colique ellesfont plus épaiffes. o, Enfin dans la colique le vomif-

fement eft plus violent que dans la

néphrétique 3 & quoique ce fympto=

me foit commun à l’un & l’autre ma-. ladie , neanmoins le voifinage du. .colon qui embraffe le fond de l’efto-.

mac, produit de plus grands vomif= femens que dans la néphrétique.

En fecond lieu, le levain des fié- “Vres intermittentes deguifé, a quel- quefois impofé fous les apparences

à

|

SUR LA PIERRE. 69 de la néphrétique. Jai vû Monfieur Manadé , maître Chirurgien de cette Ville, qui eft mort Doyen de fa

Compagnie , attaqué d’une colique

vive dans la région du rein droit,

que lon prit long-tems pour néphré-

tique. On le faigne & refaigne par le bras, quoique dans un âge avancé, on le met diverfes fois dans le demi bain, on employe des lavemens de vin & d’huile de noix, & de toutes fortes de compofitions, on applique fur la région des reins lhuile de fcorpions de Mathiole, des cata- plafmes de plufieurs façons. Point de foulagement.

Le malade étoit homme d’efprit , de bon fens & ancien praticien ; un des confultans des plus jeunes lui propoie de prendre du kina de trois en trois heures delayé dans la

ptizanne , avec une prife de boïullon

entreles deux prifes.

Les raifons de fon avis étoient 1°, parce que quelques jours avant fon attaque de colique il avoit eu quatre ou cinq accès de fievre dou- ble tierce intermittente bien mar- quez, qui avoient difparu fans aucun

Ii

60 DISSERTATEION.

réméde & fans crife, & que d'az: bordla colique étoit furvenué ; preu= ve cértaine que le levain qui pro: duifoit la fievre étoit le même que: celui qui faifoit aujourd’hui fon jeu:

fous la figure dela néphrétique. ( Hip-:

pocrate nous recommande de donner grande attention aux maladies qui.

fe fuccedent Îles unes aux autres. ) 20, Que fuivant Morthon dans fon

chapitre 9. de prothai formifebris in=: cermirientis genio ; PAL. 236. on à.

fouvent vû le levain des fievres in-

termittentes fe déguifer & prendre la. figure de plufieurs fortes de mala-. dies. Ha febres hand raro plerofque!

alios morbos eofque acuriffimos fimu-

lare f[olent, corticis Peruviani rame) wiribus cedunt , © fi cortex non cxhi=1 beatur, fapius funcefle evadunr. Où R

dans le cas prefent nous ne pouvions

douter que nous n’euflions à faire: avec une de ces fiévres intermitten-.

tes déguifées dont parie Morthon.

3°. Que la douleur revenant chaque,

jour à une heure certaine ; un jouf

plus violente que l’autre , dont les

mapairs répondoient aux impairs »

les pairs aux pairs, il paroïfloit

SBWR ODA PTERRE. ‘ros marqué comme en gros caraétére ; que c'étoit la même fiévre double tierce dont 1l avoitété attaqué avant Ja colique que nous avions à com- battre. 4°. Que les urines qu'il ren- doit étoient rouges avec fédiment: de même couleur ;. ( figne patogno- monique, comme dit Bagi. que le mal eft produit par un levain de fié- vre intermittente ) lb. 2. prax. med. Sivrine rubre appareant cum ftdi- mento coloris lateririi, [cias [ub qua- cumque forma procefferit morbus à fermento febrium intermittentium de- ducendum effe. $°. Que linutilité des remedes qu’on avoit déja pratiquez. depuis plufieurs jours pour la né-

brétique étoit une preuve quil falloit changer de batterie, & envi: fager le mal fous un autre afpe&. 6°, Que le kina qu’on lui propo- foit n'étoit pas un reméde inconnu dont l’experience tirât à aucune dan- gereufe confequence , fur tout à un homme âgé ; d'autant mieux que: le malade même faifoit grand cas. du kina, &le donnoit indiferem- ment à toutes fortes de fiévres , mé- me à celles où1l ne convenoit point.

Li

D 102 DiIssERTATION :

Les grands effets qu'il avoit vü produire au kina en divers rencon- tres, ou pour mieux dire la dou- leur,le déterminerent à faire l’eflai de cette drogue falutaire : il en prit dé trois en trois heures, &en trente-fix heures il fut guéri,

Il eft à obferver que dans ce ma- Jade il n’y avoit point de fupreffion d'urine , au contraire elle couloit en abondance , rouge, avec fédiment de même couleur ; la douleur ne s’éten- doit pas le long des uréteres, elle ne faifoit point derétra@ion duteiticule, mais elle revenoit à certaines heures chaque jour, dont le pair répondoit. à l’impair, &c. fignes certains & di- ftinétifs que nous avions un levain de fiévre intermittente à combattre, & non une néphrétique , comme l’é- vénement le juftifia. |

J'ai vû depuis un Ecclefafti- : que , conflitué en dignité dans une. Ville circonvoifine , attaqué de la … même efpece de colique ; mêmes circonftances que celle du Sieur Ma- nadé, & ce pendant trois mois. Il.

avdit: pris deux ou trois grofles de :lvémens , purgé cinquante fois ,

Ms PPERRE ro baigné dans l'huile, dans des bains, des demi bains, il avoit avalé de Popium à diverfes reprifes, &c. Je jugeai par fes urines rouges & celle: de leur fédiment, par la douleur qu revenoit à certaines heures plus vive un jour que Pautre , par quelques accès de fiévre qui avoient precedé fa prétenduë néphrétique, & qui avoient difparu fans crife 6 fans re- méde , que c’étoit une affaire du kina. Mon avis fut examiné en plein chapitre dontil étoit le chef ;1l pafla à la pluralité des fuffrages qu’on en feroit l’effai : trois once de kina avec. un pot d’eau de fontaine pour le de- layer opererent fa guerifon.

: En troifiéme lieu, les femmes hifte riques,comme Sydenham la obfervé, fontsquelquefois tourmentées de va-. peurs qui reffemblent à la néphréti- que , foit par la place que la dou-

‘leur occupe, foit par les vomiffemens. qui font de la partie, foit même par ce que le douleur s'étend & s’allonge Xe long des uréteres ; de forte qu’on. a peine à difcerner fi cette affcétion. eft ou vaporeufe ou néphrétique.. Vous diftinguerez ce cas fi la mala-

Eij:

104 DirssERTATrOon. à de avant l'attaque a eu quelque grand revers affigeant qui lui ait tourmenté l’efprit , & fi les matieres qu’elle vomit font vertes. alors vous pouvez attribuer cela aux vapeurs & non à la néphrétique. Quandoque boc malum in alterntrum ex renibus FnChrfans atrociffimo, quem 1llic parie, dolore paroxifinum néphreticum omni-. n0 mentitur , idemque non folum do- loris genere , locoqne quo fevir , fed © adfitis vomirionibus 1MManioribus, FUIL ELIAML Honnunquam ex eo quod dolor per ureterum duëtus Propageturs ira pt admodum agre dignofci queat #irum bac fymprhomara ab znclufo cal- culo , an vero ab affeitn quodam byfe ser1Co enafcantur ; nifi forte cafus ali- quis acerbior, & ra animum pauld ar- FéquaL Corriperetur difcrutians, ant Materig Viridis per vomirunz rejectio fYmpthomata ifla affetioni biflerice Porius ,quam calculofe , tribuenda fe docuerinr. | | En quatriéme lieu quand nous trouvons des fympthomes équivo- ques de la colique néphrétique ou de. linteftinale , la confideration que Roÿs avons propolée ci-deflus doit.

SUR LA PIERRE 10$ faire un grand poids ; c’efl-à-dire , que fi file malade eft fajet à a la goutte, sil en a été attaqué depuis peu , c’eft un grand motif pour faire pen- cher la balance du côté de la néphré- tique , lorfque ces douleurs équi- voques le tourmentent.

Nous avons dit ci-deflus que la pierre & la goutte étoient deux fœurs germaines , & qu’elles recon- noifloïent le même principe de leur produétion, Meniotl’a dit d’une ma- nicre fort éloquente dans la page 7A4S$. Archritici vix effugiuntr nephri- tidem , funt namque ba palliones confanguines © collaltanee , hoc ef isfdem orinnde parentibns, codemque

abulo connurrire : quamobrem facete: : ludebar calculofus Erafmus, [cribens ad atmicum arthriticum , [e afines effe, fcilicer amborus Jororum arthri- tidis © nephritidis maritos, ac per- fape alrerum , abfque adulterii ff= picione, ad. alterins uxorem accedere.

En cinquiéme lieu, une douleurrhu- matifmale qui occupe exterieurement la région des reins , peut impofer quelquefois, comme Baglivi Pa ob- fervé.. Il nous en propofe dans fa

106 DIssSERTATION pratique le figne diftincif, Faitess courber , dit-il ; le malade jufqu’à terre, & lorfqu’il fe releve deman-- dez-lui s’il lui femble qu’on ‘lui fendi les reins par le milieu : que sil dits qu'oüi, tenez pour certain que la douleur n’eft pas néphrétique , mais: bien rhumatifmale dans les mufcles: Exterieurs.

ARTICLE TR OISIEME.

Des fignes qui prouvent l'exiflence: de la pierre dans la veflie, € de

Ceux qui la diffinguent d’autres.

MaUX Qui Pourroient avoir quelque reffeinblence avec elle.

Premier figne. Je commence par!

ceux qu'Elippocratenous a enfeignez..

Ceux, dit-il, qui ont des matieres glaireufes dans leurs urines, qui fe:

précipitent au fond du vafe , ont la.

pierre dans la vefle, Quibus in uri= nis fabulofa [ubfidenr, bis vefica cal-\ culo laborar, Nous avons propolé ce figne dans le chapitre précédents

nous avons fait voir que fuivant les bons. & fidéles interprétes, ce mot”

SUR LA PIERRE 107 fabulofa devoit fignifier ces matieres mucilagineufes, argilleufes , gluantes, rlaireufes , tenaces, qui s’attachent fortement au pot de chambre des pierreux ; que ladhéfion de ces glai- res au pot de chambre étoit un figne rrès-univoque de la pierre ; mais que les autres glaires qui nagent dans l’u- rine ne lindiquent point , &c. Il n’eit point neceflaire de répeter 1c1 tout ce que nous avons dit touchant ce figne.

Second figne. Ceux qui ont la pierre dans la vef ie ont beaucoup. plus de peine à rendre leurs urines

uand ils font debout, que quand ils: Bne couchez , ou fur leur dos, ou De lundes deux côtez, Le canal de Vurine dans cette pofture eft libre, parce que la pierre tombe alors dans le fond de la veflie ou dans fes parties laterales. De-là vient que Riviere page 222. dit que lorfqu’en urinant lurine s’arrête, le moyen de la faire fortir fans peine eft de cou- cher le malade & de le fecouer ; que pour lors la pierre tombe dans le fond de la vefie , & ne HoBthE point le palage de l'urine.

der

108 DirsseKTATION . Ce figne eft tiré d'Hippocrate.;, qui dans fa coaque $. des maladiess de la veñlie raportée par Duret: fol. 359. nous dit, Calculofi e% figurai Jitt, ut ne calculus procidat in urine: dullum , facilius illi meiunr: & Du-- ret dans l'explication qu’il donne de: cette coaque, nous dit que la figure: & la pofture la plus amie de la na: ture pour faciliter l’excretion de l’u- rine dans un pierreux , eftde cou- cher le malade fur fon dos ou fur lun des deux côtez, afin que la pierre tombant par fon poids dans: le fond de la vefñie ou dans fes par- ties laterales , ne fe prefentât point au conduit de l'urine. $ Troifiéme figne. C’eft une douleur: dans le col de la veflie qui fe fait. encore plus vivement fentir à la fin. de lexcretion de l’urine : cette dou- | leur s’allonge & s'étend jufqu’à l’ex- trémité du gland où fe termine l’u- rethre. Ce tuyau pincé vivement: dans fon principe, fe contratte & fe: reflerre , & 1l n’eft pas furprenant, que fon point d'attache qui eft au. bout de la verge foit cruellement

traillé, & que la douleur y foit fi

SUR LA PIERRE. os vive. Cette douleur reflemble affez à celle qu’on éprouve dans l’ardeur de lurine , & on auroit aflez de peine à les diftinguer, fi les autres lignes de la pierre ne venoient au fecours.

Quatrième figne. C’eft une efpece d'irritation & comme de phlogofe

ue l’on obferve à l’ouverture du gland par où fort l'urine, qui certaine- ment ne dépend que du tiraillement & de la douleur prefque habituelle que nous avons obfervé dans cet endroit dans le chapitre précédent. Ce figne eft équivoque feul &feparé, puifqu’on obferve la même chofe dans ceux qui ont la gonnorhée ; fur tout dans fon commencement , mais lorfqu'il eft joint aux autres il fortifie la preuve. _ Ce figne na pas été obfervé pat les Auteurs, du moins je n’en ai là aucun qui en ait fait mention. Ce- pendant j'ai vû tailler un enfant par un célébre Lithotomifthe à la Chari- té àParisen1699. Quoiqu'il ne trou- vât point la pierre avec la fondele jour de Poperation , le Lithotomifthe fe détermina à faire l’operation,

L = x ÿ, % CE

110 DISSERTATION par le figne dont nous venons de: parler, mais principalement par l’aflu-. rance que lui donna le premier gar-: çon chirurgien de cet Hôpital :; qu'il avoit trouvé la pierre trois: jours auparavant avec la fonde., On lui tira une pierre que j'ai vûé & touchée, & le malade fut bien- tÔt guéri. | Cinquiéme fîgne. Une demangeai- fon fourmillante dansla verge ou dans

Jes parties du fexe, qui oblige les

uns & les autres à porter fouvent la main aux parties, foit pour la faire pafler en grattant , foit par un inftint naturel qui nous fait porter la main dans les endroits où nous fentons de la demangeaifon ou de la douleur, même en dormant. |

Sixiéme figne. C’eft un poids que.

Jon reflent dans le perinée , fur tout

lorfque la pierre eft un peu grande,

accompagné d’une douleur gravative. Une pierre de deux, trois, ou quatre!

onces ne peut jamais manquer de

produire ce figne par fon poids, &!

ce figne eft très-univoque, lorfqu’il! fe trouve fecouru des autres. Septième figne. C'eft une très-

P'SURLM PIERRE Is grande difficulté de rendre les urines qui ne peuvent venir qu'avec des efforts redoublez , femblables à ceux d’une femme qui ‘eff en travail d’en- ant’; & ces efforts ne produifent que très-peu d’urine qui coule gou- e à goute , encore les malades font- ls obligez de tirailler & d’étendre la verge frequemment pour faire fortir ces goutes d'urine.

J’ai vû des enfans de huit ans atteints de la pierre, porter toûjours leur main à leurpartie , la tirailler, Vétendre pour favorifer l’excretion de Purine , & jai admiré que la na- ture avoit apris à ces enfans ce que les adultes fçavent pe leur expe- rience.

Huitième figne. C’eft une envie d'aller à la felle qui fe trouve jointe avec les efforts de rendre les urines 3 les excrémens du ventre fortent mé- me par ces fortes d'efforts, Riviere page 222. attribué ce dernier figne à la connexion du mufcle fphinéter de la veflie avec celui de l'anus , & à ce qu'ils reçoivent tous les deux des rameaux du même tronc: mais J'ai toûjours crû que cela dépendoit

#12 DissERTATION

de la forte compreflion des mufcles: de l'abdomen , qui aident non-feu-: lement l’excretion de l'urine , mais: même celle des excrémens du ven-:

Quoique la veflie ait des fibres:

mufculaires capables de contraétion,

que les inteftins en ayent aufh, &:

que lon puiifle regarder ces parties

comme des mufcles creux ; il ‘eft: pourtant certain que la forte com-: preflion des mufcles de labdomen:

aide infiniment la contradion parti-. culiere de ces deux organes ; ainfi.

il n’eft point furprenant que lorfque ces mufcles de labdomen fe con- tractent avec force, ils contribuent beaucoup à faire fortir les excré- mens de l’une & de l’autre cavité.

Ces deux derniers fignes que nous.

venons de décrire font équivoquess

Œ& communs avec les carnofitez ou

callofitez qui furviennent au ca-

nal de luréthre ;il eft conftant qu’il

faut des efforts infinis pour avoit” quelques gouttes d’urine; qu’il faut” urailler & allonger la verge pour en”

favorifer la fortie ; que dans l’un &

dans l’autre mal vous verrez le ma- Ÿ lade

. SUR LA PIERRE IE lade aller à la feile par les mêmes efforts qu il fait de rendre les uri- nes,

… Les fignes diftin@ifs de l’un d’avec Pautre font 1°. Que dans les carno- fitez ou callofitez de lurethre, des longues gonnorrhées ont precedé qui ont éludé les remédes des chi- rurgiens les plus experimentés.. 20. Que pour les fupprimer & pour avois un refte depayement convenu, ils fo font fervis des inje&ions faites-avec de Peau de quercetan , d’eau de for: ge, du- vitriol, &c.. 30. Que dans. ces fortes de malades on trouve une: humeur dans |a perinnée bien mar. quée vers la. racine de la verge: 4. Que lorfqu’on: veut fonder ces fortes de malades pour éclaircir le fait , fi c’eft une pierre ou une car<. nofité:, on trouve un obftacle à la fonde , & pour peu qu’on veüille- le forcer on met le malade tout en. fang, & on le jette dans une hemo- ragie qui a été fouvent fuivie d’une imflammation dans les parties. ç°: Qu’avant que la carnofité occupe: tout le canal de Puréthre , le ma. lade rendoit.les urines plattes comme :

114 DissERTATION

un ruban , ce qui dépendoit de Îa: naiffance de la carnofité qui compri- moit l'urine , & faifoit fortir fon jet. de cette figure : quelquefois quand: la carnofité étoit petite & ronde ;. Purine fortoit comme en fourche ;. ayant été pour ainfi dire partagée en deux par la carnofité de la figure: d’un pois. 6°. Vous ne trouvez point: alors les autres fignes de la pierre: que nous avons propofés..

Dans la veritable pierre tous les. fignes diftinétifs de la carnofité que: je viens de propofér manquent, à. moins que l’une & lautre maladie ne: fe trouvaflent compliquées enfem=. ble.

Nenvième figne: L’urine fe fupri-. me après qu’on a commencé d’uri=) ner, on la voit s'arrêter au milieu. de fa courfe : cela vient de ce que la veflie par fa contraäion poule: la pierre vers fon col où elle forme: un obftacle à la fortie de l'urine 5: à peu près comme un bouchon en" foncé dans une bouteille , lorfqu'on vient à la renverfer pour en vuider” le: vin, on voit quelquefois tout-à-- couple vin. s'arrêter &. ne coulers

SUENICN PÉERRE _FES lus, parce que le bouchon fe pre- fente au goulleau de la bouteille ;. & empêche la fortie du vin. Dixiéme figne. Si un malade fujet: àla colique néphrétique, accoûtumé: de rendre après les douleurs des cal- culs par les urines ; s'il fe trouve une attaque denéphétique qui n’au-- fa été fuivie de lexcretion d’un cal-- cul à fon ordinaire ; c’eft un figne: certain d’une pierre , pour peu qu'il. y ait quelque fympthome qui tra- vaille & fatigue la veflie : que ce calcul defcendu, n'étant pas forti comme les autres, a refté, qu'il a augmenté couche fur couche, qu'il eft déjà devenu fi grand qu’on ne peut cfperer qu'il forte comme ont. fait les autres ; & dans ce cas lorfque vous trouverés un malade qui a de la peine à rendre fes urines ;. vous pouvés conjeéturer hardiment: qu'il y a une pierre dans la veflie.

Onxième figne. Les frequentes éreétions font encore un figne de la. pierre ; l'irritation de ia veflie & de Vuréthre fe communiquent aifément.: . aux éreéteurs qui entrent en con. tration. . | |

116 DiIssERTATION Donziéme figne. C’eft l'inquiétude

du malade. Ils ne peuvent refter en. repos n1 demeurer en aucune place,

ils fe tourmentent toûjours ; & lorf- que la pierre eft grande ils ne peu- vent demeurer debout ni aller àche-

val fans foufrir davantage, & s’ex-

pofer à rendre du fang par les uri- nes, à caufe de Pattrition de la pier- re qui ouvre quelque vaifleau fan- guin.. | |

Treizième figne. Dans la pierre les calmantsfont du bien:; les diu- rétiques & autres remédes acres qui pouilent avec force vers les voyes des urines, font un grand mal ,

comme Manget le rapporte fol. 304.

n. IO.. j

Il y a lieu de croire que Duret: a voulu parler de ces fortes de

diurétiques violens , lorfqu'l. con: damne en théfe tous les remedes

qu'on. propofe pour diffloudre la. pierre. Temeraria eff.omnis medicina, \

Pefifera © [ape mortifera , que frank £geudo. vefice.calculo adhiberur. ;. cui v Profuerit vidi adhuc neminem, per=

mulios.autem. quibus exitio illa fuir W confirme ce qu'illa avancé par

SUR EA PrERRE 11% une obfervation mémorable d'Hip- pocrate, tirée ducinquiéme livre des

epidemiques. Lariffe Theophorbi puen calculof[am habchar veficam, glurino-.

fum quidquam permeichat ;. idque difficultèr cum fummo. dolore; tum snicio, tum faciens finem meiendi ;, praputinm manibus confricabar. Hic cum bibiflet accerrimuin dinreticunr, aihil in veficam feceffit, nihil ex ve- fica exceflit, vomuit aurem multum puriforme © bilem; ac tum hujuf- modi altera tranfmitrebat. infra per alvam;venter dolchar admodum © in- tus incendio conflagrabat , reliquurs

vero corpus. frigidins “erat glacie ;. omnibus membris captus erat, nec volnit quidquaim affumere. Huicma= gna erat ipfius alvi, exulecratio, à:

forti nimium medicamento [en phar-

mac : periié à potione tertinm agens:

diem. |

Mais j'efpere que le reméde que: je dois propofer bientôt pour dif. foudre la pierre, fera exemt de cette. cenfure, puifqu'il eft d’une nature, très-oppolée à celui qui caufa la.

mort de l’enfant de Teophorbe, &. que les propofitions. que j'avances

N

#8 D'ISSERTATrON#

rai pour établir la convenance dix. « mien , mettront fon efficacité dans: tout fon jour.

Quatorzième figne: Le malade at- teint de la pierre lorfqw’il fe promene- dans les ruës ; marche les jambes. écartées ; ce figne a été obfervé par Baglivi dans fon premier livre de: pratique page r17. Si frequenter. mentulam contrecler patiens , fi cum: Merere incipit defidendi quoque volun- rate tencatur ; fi dum per urbemin= cedit, divaricatis cruribus obambuler,. ex tribus hifce fignis de calculo vefice: certior fes. ù

Le même Auteur a obfervé que les douleurs des hemorroïdes inter- nes impofent quelquefois & font! foupçonner la pierre dans la veflies” mais il eft aifé de les diftinguer ,! puifque les douleurs de la pierre! | font & plus atroces & plus frequen-. tes que celles des hemorroïdes. Æe-. Mmorroidun internorum dolores menriri folent dolores calcul in vefica: La tentiss bi tamen mulro funt arro:: ciores © frequenriores quam illi\ Le fchirre auf de la vefie imite les fympthomes. de. la pierre, comme:

SUR LA PIERRE. rre: le même Auteur dit lavoir vü. Cal. culum vefice ad amulim mentirar- fchirrus vefice., ut bis vidimus.

Quinzième figne. Manget (a): faporte un figne tiré de Groënevelt; que les malades qui font attaquez: de la pierre ont pour l'ordinaire: beaucoup de foif & demandent fou- vent à boire : il en rejette la caufe fur la grande quantité d’urine qu'ils. rendent, & que la ferofité du fang doit être remplacée par la boiffon.. Pour moi j'en accufe une autre : la. difpofition faline des humeurs que. nous avons obfervée dans les pier- reux , leur procure cette foif ; leurs: cris & leurs plaintes continuelles y. contribuent ; & certainement ce ne. fçauroit être la quantité des urines. qu'ils rendent qui les altere , car: quoiqu’ils urinent. fouvent , nean- moins c’eft fi peu à la fois, qu’un. homme fain rendra autant d'urine en: une feule fois, qu’un pierreux en. trente.

Seizieme figne. C’eft le plus cer- tain de tous que leta& de la fonde:

£a) Manget fol, 304. tem..x, inverbo, Calcnbes, .

Bagli. lib. 1. Prax. Med,

120 DisSsERTATION lorfqu’on lintroduit dans la veffie ,, & que heurtant contre la pierre elles fait un bruit qui fe fait entendre: non-feulement à Poperateur qui fon-- de , mais même aux affiftans ; c’efüt un figne après lequel on ne peut em aucune maniere révoquer en doute: lexiflence de la pierre dans la veflie.. Signum omnium cerriffimum calculii in vefica latentis eff , ejufdem con: tailus à cathetere fatlus , reliques figna fallunt etiam peritiffimos. | On doit pourtantobferver, comme: nous l'avons dit ailleurs, que ce figne tout certain qu'il eff pour prouver lexiftence de la- pierre ; ne doit» point faire préfumer par fon abfence… que la veflie foit exemte de pierre“ lorfque les autres fignes s’ytrouvent 5 puifqu’on a fouvent fondé des pier- reux diverfes fois , fans avoir trouvé Ja.pierre avec la fonde, quoiqu’ellew y fût, ce qui arrive vrai-femblable-. ment lorfque la pierre eft encyflée ( nous en parlerons dans le chapitre füivant) ou lorfque la veffie du ma-" lade eft fi ample , que la pierre fe ni. che dans quelque partie laterale où la fonde ne touche point. ; | (ES

SUR LA PIERRE. 12r

Le figne que fournit l'introduétion du doigt dans (4) l’anus pour dé- couvrir la pierre dans les enfans , & même dans les adultes lorfqu'’eile eft grande , va de pair avec l’éclaircifle- ment qu'on tire de la fonde ; il eff fûr que par cette introduétion du doigt on trouve la pierre , puifque le boyau reétum eft immédiatement placé fous la veflie, qu’on en con- jure la grandeur, & même qu’on en diftingue quelquefois le nom- bre. . . Nous avons un peu étendu ces fignes de la pierre, foit du rein, foit de la veffe; leur narration fera peut- être ennuyeufe au leéteur , mais en même tems utile au Médecin, qui par leur moyen diftinguera la pierre d'avec d’autres maux qui peuvent lui reffembler, & fe gardera bien de fatiguer le malade par des remédes qui conviendroient aux maux qui imitent la pierre par quelques fignes,

(a) Certum ef} cum di | vel quotuplex fit; magnus gitum in anum prerorum | ant parvis, nnus velplu- éntrudunt ; vel catheterem \ res : multum enim interel per wrethram inveficampue- | medico bec omnia novifle. vorum immittunt CT explo- | Mangetus pag. 304. in sant fepins calculs an fit, verbo; calculus. |

122 DiIssERTATION lefquels remédes feront non-feule-: ment inutiles à la pierre , mais même nuifibles.

Ces fignes font le fruit de Fexpe-- rience & de l’obfervation de nos: meilleurs Auteurs, fruit qui enri-. chit veritablement la médecine , &: mille fois préferable à tous ces éforts: d'efprit & d'imagination pour coms: pofer quelque nouvelle hipotéfe.

L’experience & l’obfervation font,, pour ainfi dire, les deux filles fuivan-- tes & les confidentes de la nature :! c’eft par leur moyen que nous fça-- vons les fecrets de leur maitrefle ss fans elles nous ne devinerons jamaisi ce qu’elle fait, ce qu’elle veut faire,, ce qu’elle foufire ; point d’efpritaffez: fublime qui puifle fans leur fecours: entrer dans fes fecrets, Non fingen= dum, aut excogitandum ; fed expez riendum quid natura faciat aut feratà

ES ®

| SUR. : A PIERR E. 123 ÉRÉT IT TT TE CHAPITRE QUATRIEME.

Dumoyen pour diffoudre les pierres,

{oit dans le rein foit dans la

… vefhe , les rendre fluides , & procurer la fortie des matiéres

… qui les compofent par la voye des urines.

] L faut convenir que le fort d’un À pierreux cft bien déplorable , il fouffre depuis plufieurs années , le moindre excès qu'il fait lui coute Cher; jamais il ne s’expofe impuné- ment à la fupreflion de la perfoira- tion que fes douleurs ne fe réveillent avec furie ; tous les changemens de _tems font fâcheux & orageux pour lai , fa pierre eff, pour ainfi dire, un barometre &un termometre tout en-

femble , qui Pavertit des inegalités de l'air & des faifons ; ila la douleur

de fe voir impotent, tourmenté , affigé , tandis que les autres fe por tent bien, il avalle une infinité de rez

Li

124 DiIssERTATION médes dans l’efperance de guérir ; avant qu'il convienne d’avoir la pier- re, ils portent tous à faux, ils aggra- vent fa douleur au lieu de le fou- lager , & après mille tourmens on lui propofe l’operation de la taille, comme le feul & unique reméde qui puifle mettre fin à fon martire , & prévenir les maux dont la pierre menace , qui font la contufion, l’in- flammation , la gangrene & l’ulcere de la veflie, aufli bien que Pardeur, la diminution ou la fupreflion d’urine, fans compter le dommage qui peut arriver à raifon de la fympathie aux parties voifines de la veflie. Ergo nihil opis adferri poreff calculofis quam tncidendo,ut vijum eff Praceprori, cum abfolute omni moleffià cupiunt expes: 1 diri ac defungi periculis que inferun= zur à Calculo 3 [unt aunrem vefice contufio , inflammatio , LANLTANRZ 3 exulcerario, ffrançuria , ifchuria & \ impedita egeflio cum {ympathia reli- Quarum vicinarum © fociarum par- um. Duret fol. 367.

Le Médecin ( ajoûte Duret ) doit faire ce raifonnement, « fi je # Jaifle le malade à fon fort, je crains

SUR LA PIrERKE. 125$ pour fa vie, fi j'ordonne de le » faire tailler, je crains la cruauté & » l'événement du reméde ; cependant _ »tout le monde convient qu’un fa- - » fut incertain eft préferable à un » defefpoir certain; 1l vaut donc en- » core mieux hazarder loperation » dans un pierreux que de l’abandon- » ner à-une mort certaine. Cette ope- » ration ne regarde pas la médecine, .».& Hippocrate a prononcé qu’il fal- .» loit la laifler faire aux Chirurgiens. » experimentez dans cet art. » _ J’ajoûte que ce qu'il y a encore quelquefois de bien malheureux, eft que le malade guéri de la pierre n'eft point delivré de la difpofition qui l’avoit fait naitre , puifque nous la voyons fouvent reparoitre , car . un Magiftrat diftingué dans cette Ville fut taillé trois fois. ù

Je n’exagere rien dans ce que je viens d'avancer ; à Dieu ne plaife que j'aye voulu mettre ce tableau devant les yeux des pierreux , ou pour les molefter, ou pour leur ôter le courage ; mais j’efpere que ce coup d'œil fera qu’ils prêteront volontiers l'oreille au reméde que je vais pro-

Li

526 DissERTATION pofer, & les engagera à examiner les preuves que je raporte de fa con- venance; fur tout s'ils font réflexion que l’effai ne tire à aucune fâcheufe confequence, & qu'il n’en peut ja- mais réfulter qu’un très-grand bien pour eux.

Il faut que lefprit fe dégage des préjugez d’incurabilité fur ce mal : ce feroit faire injure à l’Auteur de la nature, de croire qu'il nous ait refufé des remédes fimples & natu- rels pour guérir les maux dont nous fommes aïlligez, Il n°eft queftion que de les chercher , de les trouver & d’en faire ufage après qu’on les a dé- couverts,

Je me flatte que les pierreux fe- ront l’eflai du mien ; il s’en trouve fouvent d’aflez crédules , comme j'en ai vû , qui ont pris des remé- des d’un trompette paflant, lequel ne fçavoit ni lire ni écrire, qu'ils achetoient bien cher, qu'ils pre- noient fans les connoitre ; à plus forte ratfon dois-je efperer qu’on f:ra cas de celui que je vais propo- fer : ce reméde eft connu de tout le monde , jamais fujet au qi pre

sÜR LA PIERRE. 15% no , & d’ailleurson ne peut m’accu-. fer d'aucun motif intereflé , puif- que je n’en demande rien à per- Ones ie cube

Le reméde donc que je propofe pour diffoudre la pierre dans les reins & dans la veflie, eft /4 bo:ffon des eaux mincrales de Bareges , leur in- jeilion dans la veffie, © la douche de ces mêmes eaux [ur la region hy- pogaffrique ; on fur la région des reins , © des lavemens de cette eau.

Pour donner une évidence dé- monftrative à ce que je viens d’a- vancer , j'établirat les propofitions fuivantes , que perfonne, je me flatte, ne me conteftera. |

Premiere Propofition.

Il eff conftant en bonne chimie que pour diffoudre un corps il faut employer un menftrue ou diffolvant approprié : qu'il eft befoin pour la diffolution de chaque mixte, d’un diffolvant qui lui foit analogue.

Malgré les recherches des Chimi- fes on n’a point encore trouvé ce

Lin)

128 DrSssERTATION diflolvant univerfel qui puifle égale: . ment difloudre toute forte de corps, quelques efforts que faflent Para- celfe, Vanhelmont, Starckius, pour nous le faire croire. |

Ettmuller qui donna affez & peut- être trop dans le miraculeux ( pour ne pas dire fabuleux ) fe mocque de Glauber , qui prétend tirer ce menftrue univerfel du nitre. Znrerim ridendus eff Glaunberus , qui ex ni- tro voluit componere menffruum uns- merfale.

Nous établiflons donc qu'il con- fte par la chimie pratique, que Îes corps differens ne peuvent être dif- fous , qu’on n’employe des difloi- vans differens, chacun approprié & convenable au corps que l’on veut diffloudre.

Ce que je viens d'avancer fe prou- ve par des faits chimiques : l’efprit de nitre diflout l'argent , & ne tou- che point à l’or; ajoûtez à une li- vre d’efprit de nitre quatre onces de fel armoniac ; dès qu'il fera fon- du vous aurés un diflolvant diffe- rent qu’on appelle l’eau regale : cette eau fondera l'or & ne touche

SUR LA PIERRE 129 point à l'argent, ni l'efprit de nitre ni l’eau regale ne fondent point la cire dont on fe fert pour boucher les bouteilles qui les contiennent.

Le Chimifte François rend rai- fon de ces phénomenes, & dit que fi l’eau régale ne diffout point Par- gent, c'eft parce que Îles pointes de l'efprit de nitre, ayant été groflies par l'addition du fel armoniac, glif- fent fur les pores de Pargent , n’y peuvent point entrer à caufe de la difproportion des figures, au lieu qu’elles s’introduifent dans Por dont les pores font plus grands pour y faire leurs fecoufles ; fi au contraire Pefprit de nitre diflout l'argent, c’eft parce que les pointes en font aflez fubtiles & proportionnées pour en- trer dans les petits pores de ce mé- tal , & par leur mouvement en écar- ter les parties. Ces mêmes pointes peuvent aufli entrer dans les grands pores de lor, mais elles font trop menues & trop pliantes pour agir fur ce corps ; on a befoin des couteaux & plus forts & plus tranchans qui en rempliffant davantage les pores, ayent la force de le divifer. |

130 DrssERTATION | Il ajoûte que fi l’on confidere fur & l’autre métal avec un microfcope, on verra que les pores de lor font beaucoup plus ouverts & plus grands que ceux de Flargent , mais en plus petite quantité, que cette circonftan- ce explique très-bien d’où vient que Por eft beaucoup plus pefant que lar- gent, quoiqu'il ait des pores plus grands ; car comme ils font diftins. les uns des autres , il y a une matiere très-compacte qui fait toute fa pe-. fanteur ; cette matiere eft commein- terceptée entre les pores; mais les Lemerÿ , pores de l’argent étant fort proches Re Pun de lautre & en grande quantité’ entourent moins de matiere folide, &: par conféquent il doit y avoir mojns de pefanteur. il L’antimoine qui eft d’un fi grand ufage dans la médecine, & que Guy Patin a tant decrié dans fes lettres, ce mineral qui a été flétri par Arrêt du Parlement en 1566. & rehabilité pair autre un Arrêt de la même Cour en 1650. eft diffout en partie par une leflive ordinaire & commune qui fe fait en le lavant fouvent avec la même eau chaude, tandis que l’eau

SUR LA PIERRE 131 forte ni fait rien, il n’y a que l'eau régale qui puifle le divifer. Willis parlant de ce mineral, dit: Adinimis parefcit snjuriis , maximis autem im- pervinm, ex aquo clades ® trinmphos numerat. Quadam ejus particule adeo folute jacent ; ut in menfiruo quovis olcofo, ant à lixivio commun: educan-

tur , interim alie ita perrinaciter co-

berent ur aqua fortis 1llas non omnino adoriatur : [ola aqua regia buic [uffu- fa corrodit, qua aded violenrer hoc praflat , ut fumus inde excitarus illice rotas ades obfcuraverir,

_ Il réfulte de cette doétrine & de ces faits, qu’il faut dans la diffolution des corps employer des diffolvans

proportionnez aux mixtes que lon.

veut diffoudre , que le diffolvant d’un corps ne peut fervir pour un autre dont les pores feront de diffe. rente grandeur & de differente con- figuration. Solventia pro ratione par- ticularum que in ipfis prapollent , in peculiarem detérminatam mate= Tiam agunt.

De cette premiere propoñition je tire deux grandes conféquences,

Premiere confequence, C’elt qu’on

War.

FAP 5

o.lib. de ferrs

ET diffilutione

COYPOT HE»

132 DirssERTATION

peut trouver un diffolvant qui atta=: quera la pierre fans endommager lai veflie, quoique la pierre foit plus fo--

lide que la vefie qui la contient,

puifque nous voyons que l’eau ré-- gale diffout Por , lefprit de nitre: l'argent 3 cependant ni l’un ni Pau-. tre de ces diflolvans ne touche pasi à la cire qui leur fert de bou-. chon.

Seconde conféquence. ( Que je ra-. porte en pailant , quoiqu’indifie-:

rente au fujet queje traite.) Le fyfté- me de ceux qui vouloient expliquer la digeftion par des fermens diflol- Vans, paroït infoutenable, puifqu’on ne pourra jamais ni trouver ni con- cevoir un (z) diflolvant univerfel , Capable de fondre & de diffoudre

tant de differentes fubftances quinous.

fervent de nourriture. Les alimens.

par exemple que nous tirons des

(a) Scéo chimicos mirabi- ia venditare de menfirno guodam univerfali » cujus afflats nnumquodque cor- Pas in principia [en elementa Primigenia facillime refolvi potell. Sed licet Helmontius #YCanwm hac proprio labore

erniffe jathitet Ÿ' quotidie

nunc chimia adepti in banc : metam afpirent ytamen plu

rimos in hoc opere > non fecus

ac in lapide philofophico, fes :

© votum fefellerunt,. Wi1- lifius, cap. 9. de fermentz- tione, |

SUR LA PIERRE, 133. animaux, foit de leurs parties, foit de leurs onde , les fruits, les ra- cines , les graines, les feiilles des vegetaux , les champignons, truffes, morilles , &c. au lieu que tout eft foûmis au broyement , à latrituration qui execute la digeftion , pour ainfi dire, dans un tour de Sn

Auf plufi eurs qui avoient été les plus entètez des levains digefufs ; (dont j'étois du nombre) s’en étoient defabufez avant même que la fermentation fût tombée dans le dif- crédit où nous la voyons aujour-

d'huy. Seconde Propofition.

Les Corps dont le fel fait le lien principal, doivent être diffouts par des diffolvans falins ; & ceux dont | le fouffre fait principalement la uif- fure, doivent être fondus par des diffolvans fulphüreux ; de forte que Ceft un axiome reçû fans contefta- tion de tous ceux qui font feulement initiez dans les principes de la chi- mie , que les corps falins font fon- dus par des diflolvans falins , les

134 DissERTATION corps fulphureux par des diflolvans

fulphureux, Salina falinis, fulphureæ

fulphureis foluuntur.

» Voulez-vous fondre desmétaux, » ditWillis, il faut vous fervir des li- » queurs falines très-fortes qu’on tire

» du vitriol, du nitre , de l’alum, du

» fel marin, de l’arfenic , &c. chacun » ou plufieurs d’eux joints enfemble » fourniflent par la diftillation des

._» liqueurs falines très-fortes , pro=. » pres à difloudre avec promptitude.

» les corps métalliques dont le lien » eft un principe faim. Et comme le » feu aétuel détruit les corps ful-

» phureux en enlevant les fouffres.

» qui font de la même nature que » lui ; de même auf les puiflans dif-

» folvans { qu’on apelle le feu po-. s tentiel ) fondent & détruifent les

» Corps qui abondent beaucoup en » fel comme les métaux. »

Le même Auteur prétend que la

folidité & le poids des métaux dépen-

dent du fel dont ils abondent. Sal:

paulo fixioris eff nature © rebus com- paitionem © [olidiratem nec non pon= dus © durationem largitur.

» À l'égard des mineraux , leur

SUR LA PIERRE 13

»# compofition n’eft pas fi facile à » difloudre , mais il faut des men- » ftrues très-forts qu'on tire des fels » par la difilation ; la raifon en eft » de ce que leur concretion étant » faite par un fel très-abondant qui » cloue & attache comme un fort

» lien les autres parties de ce mixte, » d'où dépend leur folidité & dureté; # il ny a que les feuls menftrues » fahins qui puiflent en venir à bout. - » Dans la diflolution du métal ou » mineral, les parties falines fluides » du diflolvant s’attachent étroite- + ment aux feis fixes du mixte , » détachent leurs liens & s’uniflent » AVEC EUX.

» À Pégard des diffolvans fulphu- » reux qu’on tire en forme d'huile » des corps qui abondent en fou- » phre, ou par la difüllation comme » les huiles de genevrier , thereben- »tine, & femblables , ou par ex- 5» preffion comme lhuile d'olive, d’a- » mande, de graine de lin & autres, » onlesemploye avec fuccès pour « tirer les parties fulphureufes des » mineraux qu'elles enlevent pures » & fans aucun mélange : c’eft ainfi

136 DiIrssERTATION » que l'huile de therebentine ou de » lin tire du fouphre commun la » partie combuftible, tandis que la » faline que le diflolvant n’a pas tou- » ché, fe criftalife , comme un cha- » cun le peut voir dans la prépara- “tion du baume de fouphre. » Willis cap. 9. de diffolurione corpo- vum libro de fermenratione. » Voulez-vous difloudre un corps » fulphureux , employez un diffel- >» vant fulphureux : c’eft ainfi que fui- » vant le Chimifte Fançois on tire » les refines de jalap , de turbith, de > fcammonée, de benjoin, &c. temaipas. ” Mettez, dit-il, dans un grand #50. » matras une livre de jalap groffiere- » ment pulverifé, verfez deflus de Pefprit de vin alkoolifé jufqu’à ce qu'il furpañle la matiere de qua- » tre doigts; bouchez le matras avec

8

L

» un autre dont le col entre en de--

» dans, & ayant lutté les jointures » avec de la veflie moüillée, mettez > la matiere digerer pendant trois » jours au feu de fable, Pefprit de » vin fe chargera d’une couleur jau- » nâtre. On peut tirer, dit:il page 45e. » 4ÇI, les réfines de turbith, de

Are fcammonée

SUR TAPPFERAE 137 » fcammonée , de benjoin ,; &c. >» L’efprit de vin quieftun fouphre eft >» aufhi un menftrue convenable pour # extraire les refines qui font des » fouphres grofliers, 1l en faut mettre » aflez pour diffoudre ce qu’il y a de » refines , &c. \ De tous ces faits & de tous ces principes de chimie, nous pouvons conclure avec verité, que les corps falins font diffouts par des diflolvans falins, les fulphureux par des ful- phureux. Salina falinis, [ulphurea fulphureis folvuntur. | _ On peut de cette propofition bien établie & bien prouvée, conclure que fi nous fommes aflez heureux pour trouver un diflolvant fulphu- reux très-puiffant , nous parvien- _drons à diffoudre la pierre, foit dans les reins , foit dans la veflie, puifque comme nous l’avons prouvé dans le chapitre précédent , elle n’eft qu’un corps pétri principalement de fou-

Troifième Propofition

L'eau eft le menfirue naturel & M

139 DiIssERTATrOoN

le diflolvant des fels, elle les fond tous & les rend fluides, elle en dé- tache même des mixtes, dont la tiflure n’eft pas extrêmement ferrée comme des vegetaux.

Nous voyons par exemple que le fel de la terre au’on tire des caves: eft fondu par l’eau, que lon fait enfuite évaporer pour en faire le falpétre : on tire de la même ma- r'ere les fels lixivieux de la cendre des plantes.

Cette propofition eft fi connuë: de tout le monde, & tellement à, la portée du fens commun, qu'il feroit inutile de rapporter plus d’e- xémples pour en établir la verité.

Je tire cette conféquence, qu’un diflolvant très - fulphureux auquel: l’eau fert de vehicule ( tel que celui que nous allons propofer bientôt } doit faire merveilles pour la diflo- lution d’un corps, qui comme nous Pavons établi, eft paitri de fouphre & de fel; puifque tandis que d’un côté le fouphre volatil du diflolvant difloudra les fouphres groffiers du mixte, l’eau de fon côté dilayera les fels, les écartera, lorfqu'ils feront

SUR LA PIERRE. 139 debarraflez des liens fulphureux , & qu’ainfi ces liens mutuels des fouphres avec les fels , feront détruits par un diffolvant naturel, fouverain, fpecifi- que, tel que celui dont nous allons parler dans la fuivante propofition , je veux dire l’eau de la fource de

Bareges. .? - Ü Quatrième Propofition.

L'eau de la fource de Bareges eft fulphureufe , fondante & diffol- vante toutes les concretions pro- duites par des hmphes mucilagineufes fixées par des fels ; elle diffoudra par conféquent la pierre des reins & de. la veflie. Nous avons fait voir dans le chapitre précédent que la pierre c’étoit qu’un peloton de glaires fixées par des fels, &c.

Comme il eft très important de bien prouver cette propofition , puifque tout le refte de cette dif- fertation ne tend qu’à éclaircir cette importante verité ; j'eftime qu'il eft neceffaire , & que le Leéteur ne fera pas fâché que je donne ici la def- cription de la Fontaine & du Villa-

M ij

140 DiISSERTATION. ge de Barèges J que je parle des

qualités de cette eau qui fe mani-.

feftent au ta, des effets qu’elle produit , & des fuccès miraculeux qu’on a vû produire à cette fontaine,

qui font: des arrhes certaines de ce.

qu’elle promet pour la diffolution de la pierre. Se

1°. Le Village de Baregeseft fitué dans une vallée entre deux monta- gnes; l’une regne du côté de l’orient, & l’autre. du côté de l'occident. La

hauteurdeces montagnes fait que les.

jours y font plus courts, le Soleil ne paroïffant à Bareges que lorfqu'il a furmonté la montagne de lorient ,

& le jour finiflant prefque après.

qu’il a doublé la montagne de l’oc- cident.

Outre ces deux montagnes on en.

voit du côté du midi une troifiéme à une lieuë de Bareges en perfpec- tive, couverte de fapins; c’eft celle- là qui fépare la France d’avec PEf- pagne ; c’eft au pied de cette mon- tagne qu’eft fituée la Ville de Lus. Un ruifleau qu'on apelle le To- rent coule le long de Bareges avec grande rapidité, tobjours avec grand

SUR LA PIERRE. 4x ‘bruit : il prend naïflance du côté de la montagne du Traumallet qui re- garde Bareges, tout comme la ri- viere de Ladour prend naïflance du côté de la même montagne qui re- garde Baignieres.

Ce ruifleau eft formé , tant par les diverfes fources qui coulent dés “montagnes , que par la fonte des neiges, & l’on voit dans PEté que dans la plus grande chaleur il groffit fubitement, & déborde pendant un jour ou deux ; les eaux s'étant écou- lées & le ruifleau revenu dans fon. lit, on doit s'attendre dans quel- ques jours à un fecond débordement; du refte de l’année il n’en eft plus queftion,

La raïfon de ce phénoméne vient de ce qu’il y a deux grands lacs fur les deux differentes montagnes qui font glacez de bonne heure pendant lhy- ver : leur glace éft d’une épaiffeur _furprenante, capable de foûtenir non- feulement la neige qui y tombe, mais même les grandes boules qu’elle forme. par fa chute fur la glace de ces lacs , lorfqu’elles roulent. du fommet des montagnes voïfines,

f42 DISsERTATIOoN | Lorfque par la chaleur de PEté fa glace qui foutenoit cette mafle im- menfe de neige vient à fondre, la: neige s’enfonce fubitementdans lellac & en éleve les eaux par deflus fes. bords quife répandent ainfi dans le: Torrent.

Lorfque la glace du premier lac a fondu, en doit s'attendre bientôt que celle du fecond en fera de même, & que le fecond débordement fuivra de près le premier. | |

Le Village de Bareges eft com- pofé de deux grands & beaux corps de logis que le Roy a fait bâtir, l’un pour les Officiers, l’autre pour les Cavaliers, Dragons & Soldats, d’une Chapelle toute neuve , outre l’an- cienne qui eft ornée d’un beau Fa- bernacle donné par feu M. le Ma réchal de Montrevel ; fes armes font aux deux côtez , au milieu eff la ftatue de la Sainte Vierge ; ce pre- fent fut fait en aétion de graces de ce que cette eau de Bareges avoit fondu une tumeur fufpedte & déli- cate audit Seigneur Maréchal, qui jui avoit fatigué l’efprit & caufé bién. du chagrin , d'autant qu’elle étoir

SUR LA PIERRE 143 placée de façon qu’elle bleffoit Pex- crétion de l'urine. |

Quoique le lieu de Bareges du premier coup d'œil femble affreux ; placé entre deux montagnes, l’une à Porient , l’autre à l'occident >ayant en perfpettive:à à une lieuë unetrot- fiéme montagne du côté du midi, il paroît pourtant quelque chofe de grand & d’auguile qui nous fait ad- mirer la grandeur de Dieu qui a créé Ces grands coloffes de- montagnes ; & qui femble avoir voulu faire voir qu’il vouloit être adoré dans ces contrées, puifque par un effet de fa providence il y a placé cette fon- taie , & pourvû par-là aux Ifabi- tans de P argent néceifaire, tandis que: d’un autre côtéil entretient les trou- peaux pour leur fubfiftance gratuite ment. Hi a plus fait, il a donné du gout aux Habitans pour demeurer dans leur pays ; jufques-là qu'ils ne peuvent comprendre comment Fu peut habiter d’autre climat que Île leur ; femblables aux Mofcovites qui regardent une honorable députation hors leur pays comme un honnête! exil,

x44 - DIrsSERTATION.

J'ai oùi dire à Monfieur Alexiof, Gentilhomme Ruffien, Conful de fa Nation à Bourdeaux ; que malgré la beauté de la Ville, la magnifi- cence. du port , les commodités de la vie , & les penfions que lui faifoit le Czar, il préfereroit encore le féjour de fon Village dont il étoit: Seigneur, à tout, & que ce n’étoit qu'un ordre exprès de Pierre I. qui le retenoit ici, malgré les inflances qu’il avoit faites à la Cour de Rufie pour fon rapel,

Le Village de Bareges dépend de la Jurifdiétion de Lus, petite Ville fituée à une lieuë de Bareges. On Va à Lus par une defcente le long du Torrent; le Juge de cette Ju- rifdiétion eft aujourd’hui Monfieur Deftrade, Avocat, homme d’efprit, : de mérite, de belles lettres, ftudieux & curieux des belles chofes, duquel j'ai reçû mille honnétetez.

Cette contrée eft fort près de PEfpagne, puifqu’en quatre heures ” on peut changer de Royaume 5 peut-être cette grande proximité ai- guife le courage de certains drolles qui fervent quelquefois un coup de

S fufil

; SUR LA PIERRE. 14$ fufil de bonne grace’, dans l’efpe-

rance d’en trouver limpunité en

changeant de Royaume dans quatre heures. |

Cependant dans le general il regne parmi les Habitans une fidelité qui ne s’eft jamais démentie, & on n'a

. jamais oùi dire que ces Montagnols

qui traverfent les montagnes por- tant les malades fur le col, en ayent volé quelqu’un ou fait la moindre 1n-

_juftice : leur falaïre eft reglé à vingt- cinq fols par homme pour latraver-

fée ; à la verité au lieu de quatre

qu'ils étoient autrefois pour por-

ter un malade, j'ai trouvé dans ce dernier voyage que pour fe fou- lager ou pour mieux le fervir, 1ls veu- lent être huit par brancard,. ne Les Habitans de cette contrée ont beaucoup d’efprit, il'en fort furtout d’excellens Theologiens. Communé- ment les hommes y ont meilleure mine que Îles femmes ; les uns & les autres font un peu intereflez , ils attendent la faifon des bainsavec la même impatience que les habitans de Fontainebleau larrivée du Roy, foit pour loüer avantageufement leurs

146 DIssERTATION apartemens , leurs chambres & leurs chevaux ; foit pour porter les mala- des fur des brancards,& vendre leurs denrées bien cher aufh bien que leurs fervices.

Bareges eft à fix ou fept lieuës de Bagneres : on trouve entre les Habitans de ces deux endroits la même rivalité qui regnoit autrefois entre Rome & Carthage:les Habitans de cette derniere Ville comptent pofs feder dans leurs eaux lesmêmes avan- tages qu’on peut trouver à Bareges, & ils ne manquent pas de faire tous leurs efforts pour retenir à Bagneres ceux que nous envoyons à Bareges. Lifez ce que j'en ai dit dans le traité de la Goutte page 284. & fuivantes. Je raconterai mon avanturé dans . cette Ville avec la permifion du : Lecteur. k

Allant à Bareges pour les raifons que je dirai bientôt, j'arrive à Ba- gneres vers les onze heures le y4 de Juin de Fannée 1735. jétois fort fatigué par le cahotage _de la chaife , parce que le chemin depuis Tarbes jufqu’à Bagneres eft rempli de gros cailloux, Le Voiturice

SUR LA PIERRE T4 aida à defcendre à l’enfeigne dela clef d’or où je fusloger, 1l me fecourut même jufqu’a l'entrée de lefcalier : je lui avois deffendu de dire mon nom à perfonne.

On ne douta point que je ne fuffe une pratique pour Bagneres : onin- terroge mon voiturier qui fétois ; ce que je venois faire à Bagneres, celui-ci répondit que j'étois un Mar- chand de Nantes, qu'il m’avoit pris à Bordeaux , & que je devois aller d'Dérenes. 7 À peine eus-je refpiré dans ma chambre que je vois entrer un homme du métier,qui après les premiers com plimens m’offre fes fervices , & m’in- terroge fur la nature de mon mal, Je lui réponds que j'avois une froi- deur à la jambe droite qui avoit été occafionnée par la chute de mon che- val fur cette partie, que l’eau de Ba- règes n’avoit gueri 1l y avoit vingt ans , mais qu'une maladie que j’eus Pan 1732. lors de ces rhumes popu- laires & épidémiques , avoit fait re- paroitre cette même froideur incom- mode, & que j’efperois trouver dans : la boiflon & les bains de Bareges le

RS

148 DiIssERTATION même fuccès qu’elles m’avoient pro: duit vingt ans auparavant, que d’ail- leurs c’étoit le fentiment de Default, Médecin de Bordeaux. Vraiment vraiment , répondit-il, c’eft aux Mé- decins de Bordeaux ou d’ailleurs de nous aprendre la vertu de nos eaux 5 nous qui fommes à portée d’en exa- miner chaque jour les effets; nous avons ici dans Bagneres toute la vertu de la fource de Bareges, & plufieurs autres mineraux qui ne font pas à Bareges. Je répondis, Mon- fieur, avez-vous lù le traité que Default a donné au public fur la goutte ? il prétend que vos eaux font toutes empreintes du même mineral, & qu’elles ne different que du plus

au moins. Hélas, dit-il , je l’ai 1ü &

relü, je fuis à même d’en faire la cri:

tique , j'en ferai voir le faux & le ridicule, Mais c’eft un livre, dis-je, que la Faculté de Médecine de Pa- ris aapprouvé avec éloge. Monfieur,

répondit-il, pour ce qui concerne,

nos eaux, la Faculté de Médecine de Paris eft inco mpetente; vous pou vez compter que vous guerirez à Bagneres 5 Peau du Pré vaut autant

à SUR LA PIERRE. 149 & plus que celle de Baréges ; d’a- leurs il eft impoñible d’y arriver , les neiges couvrent la montagne du Traumallet, il faut marcher des lieues entieres fur la neige. Mais, dis-je, “voilà des gens qui viennent d’en ar- ærivér avec lefquels je dois avoir Fhon- neur de ‘diner , puifqu'ils en font partis & arrivez à bon port , je dois me flatter d’y arriver aufhi, après tout je ne fuis pas venu fi près pour re- _Culer ; ffje ne guéris pas, à monre- tour j’aurai Phonneur de vous voir ._ & de prendre vos avis. La montagne du Traumallet fe trouve entre Bagneres & Bareges , _ 11 femble que Dieu prévoyant la viva. cité de ces deux contrées, ait placé entre ces deux peuples cette mon- tagne très-haute pour les féparer. On y monte du côté de Bagneres d’une maniere affez commode, mais longue, La defcente du côté de Bareges eff plus rapide , mais par ordre du Roy £Loüis XIV. on fitun chemin en maniere de tranchée de fiége ou de Zigzag , qui coupe beaucoup le ta- lus de la montagne , & rend le che Nrj

150 DrssERTATrON min beaucoup plus long , mais on ÿ va afcheval #rFr

Quand on eft au haut de la mon- tagne du Traumallet, on voit le pré tendu précipice dont on fait tant de peur, mais où jamais perfonne n’eft tombé , il n’eft affreux que par fe profondeur , mais fon talus eft pta- ticable , & un voiturier qui portoit mes hardes , oflfit de fe laifler rouler volontairement par le précipice pré- tendu , fans fuivre le chemin creufé en tranchée , moyennant un écu de fix livres.

Pour éviter ce paflage pénible on

. fait aujourd’hui par ordre du Roy

un nouveau chemin du côté de Lus par Pau & Lourde, qui ferafi com- . mode , que les chaifes, litieres & ca- 1 roffes pourront rouler jufqu’à Ba- reges. Ce grand ouvrage a été con- çû & commmencé par feu Mon- fieur ........:., Intendant de Bearn, & il auroit déja été fini fi la mort ne nous eût enlevé ce Ma- giftrat également porté pour les in- terêts du Roy & ceux de la Pro- vince où il étoit prépofé ; nous efpe-

SÛR LA PIERRE fer ons de le voir finir par les foins de MRDAICUL- NU. N ve fon (UC ceileur. | |

Avant de finir la defcription de - Bareges , je raporterai un trait hif- -torique qui concerne la coûtume de ces peuples. La Loi municipale de pluficeurs Villages des environs & de Barcges même , porte qu'une fille qui nait du mariage la premiere, eft _ heritiere née, elle fuccede à tous les

biens au préjudice de fept ou huig garçons qui viendroient après elle, qui n'ayant à prétendre qu’une fim- _ ple & mince légitime, s’eftiment en- core heureux de refter dans la mai- fon de leur fœur & travailler pour elle ; Pun eft deftiné à la garde des vaches, l’autre à celle des brebis, celui-ci à garder les Jumens , celui-là à travailler la terre, &c.

Quand cette fille eft parvenue à un âge compétent pour être mariée , les parens lui choififfent un époux parmi les cadets d’une autre famille, Cet époux eftobligé de fervir fa fem- me à table & debout; fauf quand Vheritiere juge à propos de le faire affeoir & diner avec elle, fans pour:

N ii

152 DrsseRTATrOoN tant tirer à conféquence.Lorfquelhez ritiere a diné, le mari va prendre fon : repas avec fes beaux-freres, belles- fœurs & le maître Valet, dont l’em- ploi eft d'aller dans les vallées pour voir fi les troupeaux font bien gat- dés, & s’il eft encore tems de chan- ger de pacage.

Si le mari venoit à manquer de refpcét à fa femme, & vouloit en- freindre ces anciennes coûtumes, les parens de Îa fille s’affemblent, don- nent les étrivieres au mari > le chaf. fent de la maifon » & l’obligent de. pañler en Éfpagne à peine d’un coup de fufil. Ces gens tirent fort droit FE toüjours accoûtumez à manier des fu- fils qu'ils portent toüjours amorcez en gardant leurstroupeaux , foit pour . les défendre contre les loups,les Ours à les aigles, foit même pour repouf- fer les Miquelets Efpagnols lorfque ROUS nous avons guerre avec l’Ef. pagne.

La même loi mumcipale du lieu eft également avantageufe pour le garçon lorfqu’il a le bonheur de naitre avant les filles, & fes autres cadets,

# porte le nom de l’heritier tout

%

SUR LA PIERRE rs7 court , prefque tout lui appartient, & les autres travaillent de bon cœur pour fon utilité.

Le bain de Bareges eft à lextré- mité inferieure prefque du Village 3 c’eft une cave bien voutée, on y defcend par un degré de quatre ou cinq marches; on voitle grand tuyau de la fontaine qui coule dans une cu- vette de bois toute d’une piéce, la même fource fournit encore à un fecond bain qui eft à côté du grand, mais dont le tuyau eft beaucoup moindre , mais l’eau y vient en plus grande abondance quand on ferme le grand ou qu’on en diminue le diamétre ; preuve certaine que le même réfervoir fournit à ces deux tuyaux. On trouve dans la cave du grand bain un autre petit tuyau : Peau de ces trois canaux vient de la même fource , eft de la même nature & de la même vertu.

Cette eau fortant du tuyau eft confiderablement chaude, mais cette chaleur eft douce & balzamique , & jamais une perfonne,quelque délicate qu’elle foit , n’a trouvé qu’enla bu- vant elle lui ait brûlé, m1 la langue,

me:

164 DrssERTATIOoN

ni l’œfophage, ni leflomac; au con« traire on y reflent une chaleur douce: fans aucun raport.

Vous trouvez dans cette eau eni la touchant une onétuofité comme fil vous touchiez une huile très rafinée,, elle vous rend la peau douce plus:

que ne feroit une diflolution de fa-.

von; elle eft claire & limpide comme:

de l’eau de roche, fon odeur eft: fulphureufe ,.mais fans être puante 5.

elle imite celle que rendent les œufs cuits & durcis dans la coque, & qu'un Cuifinier coupe en quartier ou en rouelles pour les aprêter.

Cette eau après être fortie du bain,coule par un évier jufqu’au Tore

rent ; dans fon pañlage elle forme

des graïfles filamenteufes, fembla.. bles au frai des grenoüilles que l’on

voit dans les fontaines & dans les. étangs; ces filamens s’attachent aux. pierres qui forment l'égout de lé. vier ; lorfqu'ils font deffeichez ils”

font inflammables , &on en compo =

fe des onguens & des baumes pour.

les douleurs, Tous ces faits nous prouvent que le principe qui fait le mérite des eaux

) SUR LA PIÉRRE. 1çÿ de Bareges eft un fouphre infini- ment rafiné, très pénétrant , auquel une eau très-claire &très-limpide fert de vehicule. Quel menftrue , quel puiflant diflolvant pour diffoudre la pierre : peut-on en prefenter n1 mé- me imaginer un plus convenable ! le fouphre diffoud le mucilage ful- _ phureux , l’eau fond les fels qui en ferroient la tiflure. Quelle efficacité, quel fuccès ne doit-on pas en at- tendre !

L'eau de Bareges donne une tein-

ture à l'argent : le gobelet dont je . me fervis fut coloré dès le premier jour d’une couleur rouge brune , il. devint après couleur d'acier, &en- ‘fin prefque noir ; tous ces effets vien- nent du fouphre.

Les Orphévres ont obfervé quele fouphre ternit la couleur de l'argent & tiennent pour maxime qu’il en eft le poifon.

Mais quels heureux fuccès cette eau ne produit-elle pas dans des tu meurs que nous avons fait voir ana- logues à la pierre , glandes au fein du fexe , tumeurs écrouelleufes , ob- ftrictions du foye, dela ratte, dela

456. DissERTATION matrice , anchilofes, nodofités dars: les articles des goutteux, callofités fondues dans des mufcles releveurs de la machoire ; qui empêchoient d'ouvrir la bouche, & qui avoient fuccedé à une copieufe & abondan- te falivation, J’ai vû tous ces miracles operez par les eaux de Bareges : on pourroit compofer un volume im- menfe de toutes les cures prodigieu- fes que cette fontaine a operées. Je me Contenterai d'en rapporter deux: par où je finirai cette propofition.

Un Officier du Régiment d’Au- Vergne jeune & bienfait dont j'ai ou- | blié le nom, reçut un coup de fufit à la bataille